Gestion des zones humides et pastoralisme
Les réserves naturelles ont mené des expériences d'utilisation du pâturage extensif à des fins de gestion des milieux naturels humides.
Ce cahier publié en 1990 expose aux responsables d'espaces naturels ces diverses expériences ainsi que les techniques utilisées et les résultats obtenus.
La problématique de la gestion des zones humides
Le pâturage extensif
Détermination des grandes composantes de la gestion
2.1.1 Choix de l'outil de gestion
Le choix de l'outil de gestion - c'est-à-dire de l'animal ou des animaux· constitue une étape déterminante et difficile dans la mise en place d'une gestion par le pâturage extensif.
• Déterminante, puisqu'elle conditionne la réussite de la gestion et sa pérennité.
• Difficile, parce qu'il n'existe pas de solution toute faite et que le choix conjointement du rnilieu et de ses contraintes financières et pratiques, des opportunités ou problèmes locaux, etc.
Là encore, chaque gestionnaire devra faire sa propre expérience en fonction des données locales,
Deux aspects som à prendre en compte : le choix de l'espèce et le choix de la race.
• Avantages et inconvénients de chaque espèce
• Le mélange des espèces
• Rappels sur l'obtention des races domestiques
• Remarques fondamentales sur le choix de la race
• Typologie des principaux choix possibles
• Le choix des gestionnaires de quelques expériences existantes
Pour finir, quelques anecdotes
Les critères de choix
Il est indispensable d'expliciter clairement les cntères sur lesquels doit s'appuyer le choix de l'outil de gestion, afin d'éviter les "coups de coeur" et de garder une certaine objectivité.
Des expériences entreprises, il ressort que les critères de choix sont en fait de trois ordres :
- les critères liés au terrain
- les critères liés à l'animal
- les critères autres, c'est-à-dire liés soit au gestionnaire, et à ses objectifs ou soit aux réalités économiques et "politiques".
Certains déterminent le choix de l'espèce, d'autres celui de la race (les deux aspects étant souvent intimement liés), d'autres encore certaines particularités (ex: pâturage tournant), le tableau donne l'ensemble des principaux critères à prendre en compte, et ce, de façon globale, Nous reviendrons à plusieurs reprises sur ce tableau.
Le choix de l'espèce
Il existe en Europe, trois famlles de "grands" herbivores :
- les équidés: ânes et chevaux
- les bovidés: bison, bovins, ovins (moutons, moulions), caprins (chamois, bouquetins, chèvres)
- les cervidés: cerfs, chevreuils, daims, rennes.
Les mouflons, caprins et ânes sont systèmatiquement rejetés par leur non adaptation aux zones humides (même le Baudet du Poitou), tandis que les problèmes de clôtures et contention éliminent les cervidés et le bison (l'adaptation de ce dernier aux zones humides est par ailleurs douteuse du fait de son poids).
Le choix réaliste est donc limité aux chevaux de chaque espèce.
• Avantages et inconvénients de chaque espèce
Ils sont à prendre en compte en fonction des critères de choix retenus.
Le mouton
| Particularité de l'espèce | Avantages | Inconvénients |
- petite à très petite taille | - respecte les structures fragiles telles digues de marais salants - s'adapte aux petites surfaces et au parcellaire linéaire - danger limité pour les manipulateurs - investissement faible par animal | - clôture en grillage (chères) - vulnérabilité par rapport à certains prédateurs (chiens errants, renards, sangliers) |
- vélocité assez grande | - nécessité d'un couloir de contention s'ils sont en grand nombre sur une surface assez importante
| |
- très sensible aux phénomènes d'appétence des plantes(notamment refus des joncs, roseaux, plantes coriaces | - beaucoup de refus - surexploitation des zones favorables (phénomènes important de parcours) | |
| - résiste bien à la soif | - supporte mieux que les gros animaux les période de grande sécheresse | |
| - plus sensible (que chevaux et bovins) à de nombreux parasites | - nécessité d'un suivi sanitaire sérieux, risque d'épidémie - traitement obligatoire contre la douve si présente | |
| - prophylaxie obligatoire (dans certianes régions) | - reprise annuelle obligatoire - coût de la prophylaxie | |
| - animal de boucherie | - mévente des produits (même dans le créneau qualité) |
Il faut également ajouter que l'indigénat du mouton dans les zones humides est très douteux; sa mise en place constitue donc davantage une introduclion qu'une réinrroduction, ce qui est discutable du point de vue écologique.
Le tableau ci-dessus, met en évidence de nombreux inconvénients au Choix "mouton", ce qui, très généralement, dissuade les gestionnaires d'utiliser cette espèce comme outil de gestion. Il est cependant retenu dans certains cas particuliers bIen précis.
- sur des surfaces petites, incapables de subvenir aux besoins d'un gros animal,
- sur des surfaces au parcellaire particulier et à la structure fragile comme les diguettes des marais salants (ex: O.N.C à Chantcloup, L.P.O. dans les Réserves de Moëze et de Lilleau des Niges),
- en complément aux bovins et chevaux (Réserve des Mannevilles, Courtil de Bouquelon et Réserve de la Grand-Mare au Marais Vernier).
Le cheval et le bovin
Chevaux
| Particularité de l'espèce | Avantages | Inconvénients | |
- moyenne à grande taille | - bon pouvoir de pénétration dans les structures hautes
| ||
| - cuir fin | - respect des clôtures - clôtures en barbelés classiques sont suffisantes | - sensibilités aux insectes hématophages (taons, moustiques) | |
| - sabots | - défonce moins le sol que les bovins en milieu non portant (limite l'envahissement parle jonc épars ou jonc glauque) | - entretien du sabot (sauf chez chevaux camargue) quand il n'y a pas de cailloux ou roches dures | |
- 1 seul estomac
| -si désire multiplier les jeunes (ventes) | - nécessite une surface plus importante par animal que le bovin | |
| - d'après Lecomte Le Neveu (1986) animal de la stratégie de type K* | -adaptabilité plus longue (mais se superpose avec les caractéristiques de races) | ||
- plus grande fragilité des membres que les bovins
| - problèmes de boisereies en milieu non portant | ||
| - moins sensibles aux parasites que les bovins - pas de prophylaxie obligatoire | - pas d'obligation de reprise annuelle | ||
- vélocité importante (surtout chez les poulains) | - nécessité à long terme d'un couloir de reprise | ||
- éthologie et comportement alimentaire différents de ceux des bovins d'après Lecomte Le Neveu pâturage moins diversifiant) | - complémentarité bovin-cheval
| ||
| sans doute dépend de la race, du terrain et de l'intensité de pâturage | |||
| - animal "loisir" | - débouché en tant que tel | - moins de possibilité de vente pour la viande | |
* Stratégie démographique
Il est à présent usuel de considérer que les organismes vivants disposent de deux façons (= stratégies) pour peupler les écosystèmes :
- certains misent sur la qualité de jeunes produits, la vitesse de développoment, la mobilité et le pouvoir de colonisation de nouveaux milieux: c'est la stratégie "r".
- d'autres au contraire misent sur une adaptation plus étroite au milieu, une production de jeunes plus faibles, une longévité plus grande: c'est la stratègie "k".
Il s'ensuit un gradient le long duquel se positionnent différemment les espèces: celles qui pullulent sont le plus souvent de type r. celles qui dlsparaissent sont pour la pluparl des espèces K.
Le bovin
| Particularité de l'espèce | Avantages | Inconvénients |
| - moyenne à grande taille | - bon pouvoir de pénétration dans les structures hautes | |
| - cuir épais | - moins sensible que les chevaux aux insectes hématophages | - moindre respect des clôtures nécessité de clôtures fortes |
| - comage (sauf races mottes) | - possiblité d'exploiter les ligneux en cassant les branches | - danger pour les manipulations |
| - sabots multiples | - pas d'entretien | - tendance à défoncer davantage le sol - favorise certains joncs |
| - estomac multiple | - meilleure utilisation des produits | |
| - si désire multiplier les jeunes | - nécessite moins de surface par animal - si désire limiter les effectifs | |
| - d'après Lecomte Le Neveu (1986) animal dont la stratégie démographiuqe est intermédiaire entre K et R | - adaptation plus rapide (mais se superpose avec les carractéristiques de races) | |
| - prophylaxie obligatoire | - nécessité de reprise annuelle - nécessité d'un couloir de reprise | |
| - ethologie et comportement alimentaire différent de ceux du cheval | - vente facile de la viande surtout dans un créneau "qualité" (pour animaux adultes) | |
Des deux tableaux précédents il ressort que les grandes caractéristiques liées à l'espèce ne pennettent pas d'opter systématiquement pour l'une ou l'autre des deux espèces; chacune ayant des avantages et des inconvénients particuliers. Le plus souvent, le choix se fait selon des critères propres aux gestionnaires:
- le gestionnaire profite d'une opportunité (Réserve de chasse de St Georges de Bohon, Conservatoire des Sites Lorrains, Réserve des Mannevilles).
- l'élevage du cheval étant traditionnel en Brenne, la Réserve de Chérine opte pour le cheval.
- les problèmes de danger et de fréquentation du public élimine, dans un premier temps, les bovins de la Réserve du Marais d'Yves...
Pour des raisons écologiques (en référence aux milieux primaires où bovins et chevaux cohabitaient) et de complémentarité de pâturage. les gestionnaires optent très souvent pour le mélange - chevaux-bovins - à plus ou moins long terme. Une phase d'expérimentation avec une seule espèce est techniquement plus simple dans un premier temps.
Il est aussi possible de mélanger chevaux et/ou bovins avec le mouton, ce qui présente l'intérêt d'obliger l'animal lourd à pénétrer davantage dans les zones difficiles et manger les plantes coriaces. Le mouton consomme l'herbe de meilleure qualité préférentiellement - il est plus sensible à l'appétance - et prioritairement il possède une technique de pâturage lui permettant de manger l'herbe plus rase que les chevaux et bovins. Par contre du point de vue pratique, le mélange oblige à la réalisation d'une clôture mixte plus onéreuse (grillage, barbelés) et parfois à problème (cheval marchant sur le grillage pour brouter au-delà).
• Rappels sur l'obtention des races domestiques
Les races domestiques ont été obtenues à partir des espèces sauvages - disparues aujourd'hui - par le jeu de la sélection. Le principe de cette dernière est de favoriser tel ou tel critère au cours des générations successives, notamment avec des accouplements consanguins. Il en résulte que la sélection entraînerait toujours parallélement à une amélioration de telle ou telle production une réduction du potentiel génétique de l'animal et par là-même une réduction de son adaptabilité aux conditions fluctuantes des milieux naturels ou peu anthropisés. En conséquence plus une race est sélectionnée plus elle est performante dans certains domaines précis (y compris certaines formes d'élevages assez durs en montagne) mais plus sa réadaptation totale à un mode de vie tendant vers la vie sauvage est aléatoire.
Il existe donc un gradient qui relierait les animaux peu modifiés par l'homme parce qu'élevés de tous temps en conditions de semi, quand ce n'est totale, libené aux animaux plus travaillés par la sélection, dont les performnances en matière de production sont certes plus fortes mais qui inversement supporteraient moins bien une vie de plein air intégral, sans assistance humaine, dans des écosystèmes difficiles comme les zones humides.
On peut donc parler de races primitives ou archaïques à propos d'animaux dont la pression de sélection humaine a été relativement faible par rapport au milieu naturel qui imprime, lui, une pression de sélection forte et de races modernes ou sélectionnées pour lesquelles la pression de sélection du milieu est devenue évanescente par l'action de l'éleveur qui nourrit, abrite, soigne et gère la reproduction de ses animaux.
Entre ces deux extrèmes se situent des races à la fois confrontées au milieu extérieur parfois dur (montagne) mais également très contrôlées et sélectionnéees par l'éleveur qui sont les races qualifiées le plus souvent de rustiques, et ayant souvent conservé une connotation régionale ou micro-régionale (Ex : vaches Landaise, Nantaise, Froment du Léon...).
Cette connotation régionale pourrait laisser croire que l'on a affaire à de véritables variétés régionales comme on l'observe pour la flore ou la faune sauvage.
En fait, il faut avoir conscience que depuis les débuts de l'élevage, l'homme n'a jamais cessé de déplacer des troupeaux, de rechercher des croisements inter-raciaux et que les races de dénomination régionales représentent très souvent un mélange d'origines variées.
Ainsi et pour ne donner que quelques exemples le petit poney New-Forest et le puissant cheval Percheron sont deux races fortement arabisées, la vache dite normande résulte d'un regroupement tardif des races cauchoises, manchotte, augeronne ... elles-mêmes infusées de races anglaises et scandinaves! La race dite bretonne Pie-noire a été croisée avec de la Durham au XIXème etc.
Pour assurer la gestion d'espaces par le pâturage, le gestionnaire aura donc à choisir entre de très nombreuses races: si l'espace en cause est un milieu peu rude (portance des sols, qualité fourragère, climat relativement favorables) le choix sera plus grand car beaucoup de races conviendront. Si au contraire l'espace présente les caractéristiques habituelles de sites difficiles comme c'est souvent le cas des zones humides, le gestionnaire aura tout intérêt à aller vers les races les moins sélectionnées par l'homme et qui de façon traditionnelle vivent en des sites se rapprochant des lieux d'implanration.
• Remarques fondamentales sur le choix de la race
Il n'est pas de notre propos de discuter des performances des différentes races archaïques ou rustiques françaises et étrangères, mais d'aider le gestionnaire, en précisant quelques aspects et conséquences des critères de choix évoqués précédemment, à "cibler" davantage la race - ou le type de race - adaptée à son problème de gestion.
Dans le cadre d'une gestion à des fins biocénotiques, trois questions fondamentales et prioritaires se trouvent posées:
- l'outil de gestion est-il pérenne?
- l'impact biocénotique est-il conforme aux objectifs de gestion?
- le choix de la gestion est-il réaliste?
La gestion par le pâturage extensif d'une espèce étant déjà choisie, les réponses à ces trois questions, au moment de déterminer la race favorable, s'expriment de la façon suivante:
- les exigences de survie de l'animal sont adaptées aux contraintes du terrain,
- le comportement de l'animal ne met pas en péril d'une manière ou d'une autre les résultats escomptés lors du choix du pâturage extensif par l'espèce,
- une des caractéristiques de la race (coût, rareté, ensauvagemenr, agressivité, ... ) ne la rend pas intolérable dans le contexte du cas étudié.
a - Les exigences de survie de l'animal doivent être adaptées aux contraintes du terrain.
- Détermination des contraintes du terrain
En écologie, ce sont essentiellement les excès qui limitent la répartition des espèces. Les contraintes du milieu sont donc essentiellement dues à l'existence de "facteurs limitants" pour l'espèce grand herbivore. En zone humide, ils résultent pour la plupart de la conjonction des trois éléments fondamentaux suivants:
- les problèmes d'hydromorphie el de portance du sol qui, entre autres, éliminent les races lourdes et celles sensibles à une certaine stagnation de l'eau (ex : de très nombreux moutons sensibles au piétin). En situation extrême, les inondations importantes en hiver obligent à un pâturage tournant (cf. plus loin). Une façon d'éviter les gros problèmes liés à ce facteur limitant est de choisir une race déjà paniculièrement écoadaptée aux zones humides (cheval Camargue par exemple).
- la valeur fourragère des groupements végétaux en présence et son évolution au cours de l'année.
- les excès climatiques
Les deux derniers éléments permettent de caractériser la "mauvaise saison" qui va décider en définitive de la survie de l'animal. C'est en effet la qualité de la nutrition qui, très généralement, détermine la résistance aux mauvaises conditions climatiques et aux attaques parasitaires.
+ Remarques sw la valew fourragère des groupements de marais:
1°) La très grande majorité des plantes de marais, autres que les graminées et les légumineuses, sont considérées comme non fourragères par les agronomes et sont, de fait, souvent refusées par les troupeaux actuels, Diverses études récentes (Dupont 1985, Lecomte Le Neveu 1986) montrent qu'en réalité de nombreuses espèces de marais (roseau, baldingère, laiches, joncs) sont, au moins à une période de leur cycle annuel, de bonne qualité fourragère, leur refus est donc essentiellement dû à des phénomènes d'appétence (plantes corriaces, riches en silice, .. ,). Certaines races (races archaïque et très rustiques) sont nettement moins sensibles à ces problèmes d'appétences.
2°) Les groupements végétaux diversifiés, notamment riches en dicotyléàones ont peu de risques, sauf non disponibilité au niveau du sol, de présenter des carences en oligoéléments et en vitamines. De même ces groupements diversifiés, surtout lorsqu'ils possèdent des espèces ligneuses, présentent moins d'insuffisances fourragères graves à la mauvaise saison. grâce à une certaine complémentarité entre espèces. Par exemple, certaines espèces comme le roseau sont excellentes en période de végétation mais, totalement desséchées en hiver, possèdent une valeur fourragère très faible. D'autres espèces, comme les joncs ou certaines laiches, présentant encore des parties vertes en hiver, peuvent alors jouer un rôle important.
En conséquence, pour un terrain de marais:
- si les espèces prairiales classiques sont dominantes, la qualité fourragère du pâturage ne constituera pas un facteur limitant important; il n'est sans doute pas utile de faire appel à des races particulièrement archaïques sauf facteurs climatiques forts.
- si les espèces de marais dominent, mais que la flore est diversifiée, présentant encore quelques éléments verts en mauvaise saison, le plein air intégral extensif est sans doute possible sans compléments alimentaires mais avec une race suffisamment rustique, voire archaïque pour:
- ne pas présenter une sensibilité importante au phénomène d'appétence
- être capable de supporter une période déficiente du point de vue alimentaire ("raceaccordéon") engendrant un fort amaigrissement et de récupérer ultérieurement. Le degré d'archaïsme ou de rusticité requis dépendra des difficultés climatiques pendant la mauvaise saison (ex: Réserve des Mannevilles, Tour du Valat).
- si la flore présente est très peu diversifiée et ne présente aucune partie verte en mauvaise saison, il faut choisir une race archaïque et éventuellement prévoir un complément en oligoéléments et surtout, à la mauvaise saison, un complément alimentaire (Réserve de Oostvoardersplassen aux Pays-Bas).
Les facteurs climatiques peuvent alors devenir rapidement limitants.
Dans tous les cas, il faut faire altenrion et rester dans un contexte extensif, au risque de voir échouer l'expérience.
+ Remarques sw les "excès climatiques" pouvcml influencer le choix de la race :
Il est préférable, surtout pour limiter les problèmes d'acclimatation. de choisir une race dont la région d'origine présente les mêmes grandes caractéristiques climatiques que celle du site géré. Notamment du point de vue du type de pluviosité et des températures extrêmes.
Ainsi les animaux originaires du bassin méditerranéen peuvent souffrir de la pluviosité et du froid des régions du nord. Inversement. des animaux du nord peuvent souffrir des climats trop chauds.
+ Remarques sur la "mauvaise saison" :
L'existence d'une mauvaise saison (hiver dans le nord, période sèche dans le sud) nécessite de choisir des animaux dont la reproduction sera saisonnée de façon à faire correspondre la mise bas avec la "pousse de l'herbe",
- Connaître les exigences de survie de l'animal
Il est nécessaire pour celà de connaître les performances exactes de la race choisie, notamment vis-à-vis du plein air intégral, son degré de sélection et ses capacités de saisonnement de la reproduction.
Il faut en particulier éviter les races "anciennes" issues en fait du XIXè siècle ou des animaux originaires d'une région de marais mais qui, traditionnellement, ne passaient jamais l'hiver dans le marais (ex: Baudet du Poitou).
b - Cette même connaissance de la race est indispensable pour prévoir les deux dernières réponses évoquées précédemment (page 29)
- Le comportement de l'animal mettra en péril les résultats escomptés essentiellement s'il présente de nombreux refus alimentaires, Ceci aurait pour principale conséquence de favoriser certains déséquilibres biocénotiques et de donner par là-même à la gestion une pression sélective forte sur le milieu.
- Le troisième point dépend essentiellement des critères de choixliés au gestionnaire ou aux contraintes locales.
c - Enfin, le choix de la race étant réalisé, il faut, avant d'acheter, s'assurer de la bonne souche des sujets disponibles:
Une attention particulière doit, entre autres, être portée :
- sur la pureté de la race (citons des bovins Highland vendus comme pure race par un zoo alors qu'ils présentaient des signes évident de croisement avec" des zébus !),
- le taux de consanguinité,
- l'absence totale de sélection naturelle depuis plusieurs générations, qui favorise les tares, souvent incompatibles avec le plein air intégral,
- une sélection récente pour des critères de type esthétique. Par exemple, les Highland Caltle vendus actuellement par la Highland Cattle Society ont fait parfois l'objet d'une sélection assez forte, fondée sur des critères esthétiques, aux dépends de leur rusticité, certaines souches en particulier pouvant poser des problèmes d'ostéoporose.
• Typologie des principaux choix possibles
a - Choix des espèces sauvages ou de leur reconstitution
Le cheval de Prejwalski
Il est considéré comme étant le véritable cheval sauvage, Mais, outre le fait que la population actuelle est d'origine steppique, il n'est possible de s'en procurer que dans les zoos où il est élevé depuis des générations, en l'absence de sélection naturelle. L'adaptabilité à des conditions de vie difficiles des sujets actuels est donc très douteuse.
L'expérience échouée de réintroduction dans le Parc naturel national des Cévennes confirme ce doute.
Le Konik ou Tarpan
Le Konik polski est un cheval qui se rapproche beaucoup du Tarpan, espèce elle-même disparue. Il s'agit d'un petit cheval très robuste à robe sombre portant une raie de mulet, d'environ 350 à 400 kg. Il est actuellement très rare en France. Son importation de Pologne en fait encore "un objet de luxe" puisque cet animal coûte plusieurs milliers de francs pièce. Au Pays-Bas, il se montre très résistant à des conditions de vie difficiles; en
France, le recul n'est pas encore suffisant avec l'expérience de Pagny sur Meuse (Conservatoire des Sites Lorrains).
Le bovin Heck ou néo-auroch
Si du point de vue aspect et morphologie, ces reconstitutions sont tout à fait intéressantes, elles posent toujours un problème du point de vue génotypique (génétique) : issues de croisement d'animaux originaires de régions très différentes (ex: Méditerranée, Steppe et Europe du Nord), il n'est pas sûr qu'elles présentent, notamment vis-à-vis des milieux humides, des performances d'adaptation supérieures aux races archaïques déjà écoadaptées.
Les Hollandais ont choisi le bovin Heck dans plusieurs de leurs Réserves (cf photos). Considérés comme des animaux sauvages, ils présentent le gros avantage de ne pas être soumis à la prophylaxie obligatoire. Mais le choix de ces animaux n'est pas sans poser de gros problèmes financiers d'une part, et de consanguinité d'autre part (nécessité de renouveler régulièrement les géniteurs).
b - Le choix des races françaises
Il est certes satisfaisant d'un simple point de vue culturel ou régionaliste d'utiliser des races originaires de la région du site à gérer: ou au moins, de France. Ceci est particulièrement vrai quand il existe une race locale ou voisine en voie de disparition : son utilisation comme outil de gestion peut en effet contribuer à sa survie. il faut toutefois éviter de détourner la finalité de la gestion, et faire référence aux critères de choix et aux remarques évoquées.
Il existe encore en France de nombreuses races, même si beaucoup d'entre elles sont en voie de raréfaction ou de disparition. On pourrait donc penser qu'il est aisé de trouver dans l'hexagone des races adaptées à la gestion des zones humides. En fait deux éléments viennent contredire cet optimisme:
- la France n'a pas une tradition conservatrice, aussi les races anciennes jugées non performantes n'ont pas été conservées à quelques rares exceptions près.
- la France n'a pas de tradition de plein air intégral, surtout dans les zones humides, excepté en Camargue et dans les marais Landais d'avant le XIXè siècle. En conséquence, beaucoup de races parvenues jusqu'à nous faisaient en fait traditionnellement l'objet de soins spéciaux en hiver et ne sont donc pas aptes à constituer l'outil de gestion voulu, n'ayant pas le niveau de rusticité requis.
Toutefois, parmi les races françaises ayant été utilisées dans les zones humides, en plein air intégral, on peut citer :
- pour les moutons:
le Solognot
- pour les bovins :
la Camargue
la Casta, ou race d'Aure St Girons
la Bretonne Pie-Noire
la Nantaise
- pour les chevaux :
le Camargue
le poney Landais
c - Les races étrangères
Les remarques qui viennent d'être évoquées concernant les races françaises, obligent certains gestionnaires à s'intéresser aux races étrangères, et ce, dans la mesure où leur niveau de rusticité est supérieur à leurs homologues français.
Pour les régions de climat atlantique ou nord atlantique, la Grande Bretagne, et en particulier l'Ecosse où existe une importante tradition de pâturage extensif, sert souvent de réservoir de races archaïques.
Exemple de races Mrd atlantiques el étrangères archaïques ou très rustiques de bovins:
Highland Cattle (Ecosse)
Galloway (Angleterre ?)
Exemples de chevaux primitifs nord atlantiques étrangers :
Highland (Ecosse)
Shetland (Ecosse)
Connemara (Irlande)
Islandais (Islande)
Fjord (Norvège)
Exemples de moutons primitifs nord atlantiques étrangers:
Soay (Ecosse)
Shetland (Ecosse)
Black face (Ecosse)
Pour les régions de climat méditerranéen, grâce à la Camargue, le problème du choix étranger se pose moins. Certaines races espagnoles ou portuguaises sont particulièrement archaïques (ex: taureau Andalou).
• Le choix des gestionnaires de quelques expériences existantes
Il est présenté dans le tableau ci-après:
Animaux sexués ou castrats
Les animaux sexués présentent certains problèmes spécifiques (agressivité des mâles, déficience physiologique des femelles gestantes ou en lactation), qui, dans certaines conditions peuvent devenir un handicap insurmontable. Le tableau Suivant met en évidence les avantages et les inconvénients de chaque sujet.
| Avantages | Inconvénients | |
| FEMELLES | - reproduction : vente de jeunes - renouvellement du troupeau | - besoins supérieurs en fin de gestation et surtout pendant la lactation mortalité supérieure des femelles gestantes ou des jeunes quand les conditons sont limites - prophylaxie stricte |
MALES
| - reproduction | - agressivité, peut-être dangereux (bovins) - problèmes de clôtures et de voisinage |
| CASTRATS | - résistance nettement supérieure à celle des femelles moins de surveillance - prophylaxie moindre | - pas de produits |
Le choix d'animaux camés peut être tout à fait judicieux, notammenl dans le cas de surfaces petites, de non disponibilité du gestionnaire ou de difficultés importantes d'accès.
Il peut être également envisageable, dans le cas de grands territoires, en étant réservé aux zones particulièrement difficiles.
Pour finir : quelques anecdotes
Les éleveurs chevronnés peuvent apporter une contribution non négligeable à la mise en place d'un projet de pâturage extensif à l'aide de races rustiques.
Il n'en demeure pas moins vrai que le spécialiste du bovin Normand ou du cheval de selle peut être parfois amené à juger de façon hâtive quand ce n'est péremptoire une expérience utilisant des races inconnues.
Trois exemples pris à la Réserve naturelle des Mannevilles illustreront ce propos.
En 1982 : visite d'un groupe d'agriculteurs de la région normande, un peu pressés au demeurant. Les animaux sont vus d'assez loin dans une friche assez haute qui dissimuleles contours précis des bêtes :
Exclamations des éleveurs : "Elles ont la bouteille" vos bêtes, elles vont pas tarder à crever !" - Franche hilarité des éleveurs. Désarroi total de l'animateur du CE.DE.NA.
Renseignements pris, la bouteille esr un signe chimique d'une grande misère physiologique, souvent liée à une infestation par la douve du foie et qui se traduit par l'apparition d'un poche flasque sous la gorge. Mais le bovin Highland, à l'image de beaucoup de races bovines rustiques possède un grand fanon de cuir sous la gorge, contrairememt à la race Normande que connaissait les éleveurs.
il y a eu méprise totale !
En 1983 : visite de cavaliers émérites spécialistes du concours complet et propriéraires de chevaux de sang. Remarques désobligeantes : les chevaux ont "les jarrets clos" et ne sont bons à rien car tarés. Désarroi (bis) de l'animareur.
Renseignememts pris, tous les équidés un peu sauvages (Anes, Zébres, Onages, Portok, Préjwalski ... ) om une propension forte à avoir les "jarrets clos" et les pieds "panards". C'est très pratique pour un équidé surpris par un prédateur ou un obstacle de pouvoir changer bruralement de direction en pivotant sur un des deux postérieurs à condition que les jarrets, quelque peu clos se prêtent à cet exercice. D'ailleurs les vérirables professionnels du
cheval qui utilisent pour leur métier le cheval au quotidien (cirques, gardians, picadors) aiment ce type de cheval très souple dans les changements de direction qu'imposent les aléas de leur profession.
En 1985 : une pouliche de quelques mois se brise un membre postérieure. Tous les "gens du cheval" sont unanimes: il faut l'abattre car une fracture chez un cheval ne se guérir pas ou alors il faut sangler et suspendre l'animal. Nous préférons laisser la nature faire les choses, la patte se guérit et en avril 1988, la pouliche accidentée devenue adulte met au monde une superbe pouliche!
Avec ces quelques exemples anecdotiques, mais ô combien révélateurs, on constate que le gestionnaire a donc grandement intérêt à faire ses constatations lui-même et à ne pas se laisser influencer par des compétences dont le champ de spécialité ne recouvre pas forcément celui que requiert le mode de gestion choisi.
Pour éviter les problèmes biocénotiques et zootechniques, il est indispensable de conserver le mode extensif, caractérisé par une pression de pâturage faible. Celle-ci dépend du terrain et de sa production primaire. Pour déterminer une pression de pâturage correcte, deux critères sont à prendre en compte.
L'état sanitaire du troupeau, connu grâce à un suivi zootechnique (cf plus loin). Il permet de déterminer la pression de pâturage maximale compatible avec l'outil de gestion.
L'impact sur le milieu, connu grâce au suivi scientifique (cf plus loin). Il permet de déterminer la pression de pâturage optimale dans le cadre d'une gestion à des fins biocénotiques.
Si la pression de pâturage maximale est supérieure à la pression optimale, l'outil de gestion est performant et il suffit de jouer sur les effectifs pour obtenir une gestion adaptée aux objectifs fixés.
Si, au contraire, elle est inférieure à la pression optimale, le cas devient problèmatique :
soit le résultat est consécutif à un problème de refus, et il peut être bon de choisir une race plus primitive,
soit il est dû à une flore trop monospécifique, rendant le territoire trop hostile à la mauvaise saison; un complément alimentaire en mauvaise saison ou le pâturage tournant peuvent alors être des solutions envisageables.
Il faut remarquer que la détermination de la bonne pression de pâturage est obtenue après plusieurs années d'expérience, et il est préférable de commencer par un nombre restreint d'animaux pour éviter les pertes inutiles.
De plus, dans le cas de mise en place de la gestion après plusieurs années d'abandon, le pâturage fait souvent évoluer la capacité d'accueil (amélioration de la flore sur le plan fourrager). Là encore, un certain recul est nécessaire.
A titre d'exemple, on peut citer quelques pressions de pâturage considérées comme correctes (1 animal = 1 UMB ou unité de moyen bétail) :
en Camargue, avec le cheval comme outil de gestion:
1 animal pour 10 hectares.en Hollande avec le bovin comme outil de gestion:
1 animal pour 2 ha dans les bas marais maritimes.
1 animal pour 3 ha dans les bas marais saumâtres d'après Beeftink et Daane (non publié, in Evaluation des zones humides, Manaud et Monbet 1980).en Hollande dans les marais maritimes avec un mélange de chevaux et bovins:
1 animal pour 8 à 9 ha.au Marais Vernier (marais tourbeux)
- avec le cheval comme outil de gestion: 1 animal pour 2 ha
- avec le bovin comme outil de gestion: 1 animal pour 1 ha 1/2.
2.1.3 Le pâturage tournant
Lorsqu'une partie ou totalité de la surface gérée est inondée de façon prolongée et incompatible avec toute sorte de pâturage, le pâturage tournant est une obligation: la zone exondée l'hiver ne doit pas être pâturée préférentiellement en été, il convient donc de la protéger au moins partiellement.
Certains gestionnaires optent également pour ce type de gestion :
l'Office National de la Chasse à St Georges de Bohon où les poneys :New-Forest lorsqu'ils ont l'ensemble de la surface à leur disposition, mangent en été toute la "bonne herbe" ne laissant que la molinie en hiver, insuffisante pour pourvoir à leur besoins alimentaires.
à la Réserve de Tjamme au Pays-Bas où il sera nécessaire de forcer les Highland Cattle pour qu'ils pâturent les zones défavorables.
La conduite générale du troupeau
Le mélange mâles femelles et les problèmes de consanguinité
L'arrivée de nouveaux individus au sein d'un troupeau déjà formé
Le suivi zootechnique, les apports alimentaires et les traitements antiparasitaires
• La démographie du troupeau
• L'état sanitaire des animaux
• Nature de l'éventuel apport alimentaire
• L'état parasitaire des animaux
• Prévention des risques sanitaires majeurs en élevage extensif
Remarques diverses sur la conduite du troupeau
• L'acclimatation
• Le parage des sabots
• Les animaux blessés
• Les mises bas
Le mélange mâles femelles et les problèmes de consanguinité
Un des premiers problèmes auxquels se trouve confronté le gestionnaire éleveur est la détermination du sexe-ratio (proportion rmâles-femelles) à respecter dans le troupeau.
A la naissance, le sexe-ratio des ongulés est de l'ordre de 1, ce qui, en l'absence de gestion, entraîne une proportion d'environ 50 % de mâles et 50 % de femelles. Dans ces conditions, le coefficient de consanguinité
(CS = 1 + 1 )
4 (Nbre de mâles) 4 (Nbre de femelles)
est suffisamment réduit pour éviter la dérive génétique, à condition toutefois que les effectifs globaux, soient suffisamment importants (estimés à 500 minimum d'après Franklin in Lang (1987) :
les conséquences les plus communes de la consanguinité sont :
la diminution à l'adaptabilité au milieu
l'augmentation de la mortalité juvénile
réduction de la croissance
réduction de la fécondité du troupeau (beaucoup d'avortement liés à des "tares" létales)
d'après Lang -1987-
Elle peut en définitive aboutir à l'extinction de la population.
II en résulte, que, même sans atteindre l'effectif de 500 (ce qui nécessiterait des Réserves de 1 000 ha ou plus ... ), la conservation de plusieurs mâles en mélange avec les femelles limite les problèmes de consanguinité. D'autant que le comportement des animaux peut contribuer à réduire la consanguinité. Ainsi Duncan et Ali (1984) ont montré que la manade de chevaux Camargue de la Tour du Valat (Camargue) conserve un taux de consanguinité relativement faible du fait que les étalons évitent de couvrir leurs propres filles.
Toutefois, la conservation de plusieurs mâles dans un troupeau fait apparaître d'autres problèmes essentiellement liés à l'agressivité, repris dans le tableau ci-dessous.
Sexe ratio | Avantages | Inconvénients |
- présence de plusieurs mâles dans le troupeau | - limite la consanguinité | - agressivité des mâles entraîne de nombreuses batailles qui souvent peuvent être à l'originie d'une mortalité importante chez les mâles et les jeunes |
- présence d'un seul mâle dans le troupeau | - moins d'agressivité et de danger | - problème de consanguinité nécessitant le renouvellement périodique du mâle (il est préférable qu'il ne couvre pas ses petites filles) |
En fait, il s'agit essentiellement d'une question de surface : sur une surface réduite, il n'est pas très réaliste, pour les chevaux et les bovins, de garder mâles et femelles mélangés en proportions égales, l'exiguité de la surface disponible amplifie les problèmes d'agressivité et empêche la formation d'éventuels "clans". Pour les moutons, le mélange est plus facilement possible.
En conséquence, en fonction de la surface du territoire à gérer et du gestionnaire nous avons rencontré les trois cas de figure suivants :
- sur de grandes surfaces : mélange de mâles et femelles dans les proportions naturelles (50/50).
Exemples :
En Camargue, à la Tour du Valat avec des chevaux camargue. Les problèmes de consanguinité sont réduits, mais les étalons couverts de marques de leurs combats ne sont guère présentables à des publics non avertis et ayant une sensibilité trop développée.Par ailleurs, les luttes fréquentes entre les mâles, lorsque se produit une semaine après la naissance, la chaleur post-natern de la jument, entraîne un risque fort de blessure (fracture de membre) ou de mort pour le poulain imprudent et nouveau-né qui demeure trop près de sa mère, quand à son voisinage s'affrontent les étalons.
Aux Pays-Bas, dans la Réserve de Oosrvoardersplassen avec des bovins Heck et poneys Konik : on n'y constate pas de problèmes liés à la consanguinité (expérience assez récente!) ou à l'agressivité, mais les animaux ont à leur disposition 600 ha.
- sur des surfaces moyennes (100 ha et plus) : présence de plusieurs mâles sans toutefois atteindre 50 % des effectifs. On constate alors une diminution importante des tares liées à la consanguinité.
Exemples :
Aux Pays-Bas, à la Réserve de Tjamme, gérée avec des Highland Cattle, les mâles ne s'affrontent pas de façon très sérieuse.
Dans les Marais de Redon, M, Dahiez a élevé pendant 50 ans un troupeau de Bretonne Pie Noire, en consanguinité mais avec de nombreux mâles, sans problèmes majeurs liés à cette dernière ou à l'agressivité.
A la Réserve des Mannevilles (Marais Vernier) les gestionnaires (surtout pour des problèmes de visites guidées) om préféré réaliser plusieurs troupeaux séparés, composés de 1 mâle et plusieurs femelles, avec gestion des reproductions. Celà oblige à reconnaître les individus et à effectuer un suivi généalogique et des reprises régulières d'animaux.
- sur des surfaces petites : un seul troupeau avec 1 seul mâle changé régulièrement. Cette solution n'est possible que si les géniteurs sont relativement facilement disponibles.
Exemple : Toutes les jeunes expériences commencées depuis peu.
Lorsque la gestion génétique du troupeau s'effectue avec renouvellement du màle, il importe de conserver une variabilité phénotypique importante entre les différents géniteurs (variabilité génotypique probablement plus élevée). De même il est intéressant, afin d'éviter la dérive génétique, d'avoir des groupes de femelles hétérogènes.
L'arrivée de nouveaux individus au sein d'un troupeau déjà formé
Beaucoup de gestionnaires, dans un souci d'expérimentation - et nous les encourageons - commencent par un petit effectif. Lorsque l'expérience est concluante, l'accroissement du troupeau est souvent réalisé par introduction de nouvelles recrues, pour des raisons de temps et de consanguinité.
Or, lorsque la race est archaïque ou assez rustique, cette introduction peut poser de gros problèmes de rejet ou de mise à l'écart, en particulier dans les cas suivants:
un complément fourrager est apporté: les nouvelles recrues y ont beaucoup plus difficilement accès du fait du comportement de hiérarchie des bêtes déjà en place. Il convient donc d'éviter ce type de manoeuvre en début de mauvaise saison.
lors des manipulations où les animaux se trouvent cantonnés, la réduction de la surface disponible et le stress engendrent souvent une agressivité accrue du ou des mâles qui ont tendance à s'en prendre aux nouvelles recrues. Il est donc préférable de prévoir des lieux de contention avec plusieurs parcs afin d'éviter les blessures.
parmi les nouveaux arrivés, il existe des individus croisés (race non pure) ou présentant des faiblesses physiques (boiterie ou autres). Ces individus peuvent alors devenir des "boucs émissaires" à l'agressivité des mâles. Ainsi le taureau Highland de la Réserve des Mannevilles, pourtant assez débonnaire au demeurant, a-t-il tué deux vaches ; l'une croisée en la poussant dans un plan d'eau, l'autre boiteuse, en l'encornant. Il faut donc éviter les mélanges de races, et l'apport d'animaux affaiblis.
L'ensauvagement
La gestion d'un troupeau en pâturage extensif favorise son ensauvagement. Celui-ci. pouvant être déjà naturellement important dans les cas de certaines races (bovins camargue, Heck, chevaux Tarpans, chevaux camargue, etc.).
Un fort ensauvagement devient très rapidement problématique, une reprise des animaux étant presque toujours nécessaire à plus ou moins long terme. Certains gestionnaires (Réserves de Oostvoardersplassen et de Slikken van Flakker au Pays-Bas) n'essaient pas de lutter contre cet ensauvagement (surface très grande, reprises rares, ... ) et font appel aux techniques de capture réservées aux animaux sauvages (fusils et seringues (cf plus loin)).
Mais la plupart des gestionnaires préfèrent le limiter pour d'évidentes raisons pratiques, de nombreuses opérations s'en trouvant facilitées :
suivi zootechnique et sanitaire
retrait des jeunes pour limiter les effectifs
prophylaxie des bovins et des moutons ...
Limiter l'ensauvagement d'un troupeau se fait en deux temps :
à l'achat en préférant des souches calmes - au moins pour commencer, pour "se faire la main" plus facilement.
en apprivoisant plus ou moins les animaux.
Plusieurs méthodes peuvent être adaptées pour habituer les animaux à la présence de l'homme, elles dépendent du degré "d'apprivoisement" voulu et des moyens en temps et logistiques disponibles.
Quelle que soit la méthode retenue, il ne faut pas oublier que les animaux ne sont pas sourds et que de ce fait il faut leur parler en permanence pour qu'ils s'habituent plus rapidement à leur responsable.
a - La claustration des animaux dans un bâtiment : c'est sans doute la plus efficace, mais aussi la moins facile à réaliser pour beaucoup de gestionnaires (peu de temps, pas de bâtiments). Avant d'être lâché, chaque animal est enfermé quelque temps, sans nourriture, la personne qui sera ensuite responsable du troupeau, vient régulièrement lui donner son fourrage en lui parlant. Une association favorable entre "l'image du gestionnaire" et le bien-être créé par l'apport de nourriture s'établit dans l'esprit de l'animal. Une ou deux semaines de ce traitement est généralement suffisant pour éviter l'ensauvagement excessif de l'animal. Cette méthode est souvent pratiquée en Camargue, elle a aussi été choisie par le Conservatoire des sites Lorrains pour les chevaux Konik, et la SEPANSO pour les vaches Casta.
On peut également préférer réduire cene opération à 1 ou 2 animaux qui serviront ensuite "d'intermédiaires" entre le troupeau et le gestionnaire. L'animal devra alors être "leader" du troupeau (ex: l'étalon New Forest de la Réserve de Chasse de Saint Georges de Bohon).
b - Simples visites régulières au début de l'installation des animaux contribuent à réduire la méfiance ; surtout lorsqu'elles sont effectuées par la même personne. Cette méthode permet d'éviter les comportements de fuite, sans pour autant engendrer une attraction des animaux vers le gestionnaire. Citons l'exemple de la Tour du Valat où la manade fait l'objet d'une étude comportementale.
c - Visites avec" gâteries" ou fourrage, elles provoquent l'attraction des animaux vers le gestionnaire et sont donc à préconiser lorsque celui-ci est appelé à manipuler ou à rassembler régulièrement le troupeau. Là aussi, il est bon qu'une ou deux personnes privilégiées effectuent ces visites, elles seront plus efficaces. De même, il est intéressant de les associer à un signal sonore (cri particulier, coup de sifflet, trompe ou corne, ... ). La relation, signal sonore - bien-être procuré par la nourriture, se fera très vite et rendra beaucoup plus facile le rassemblement des animaux. Enfin, il est préférable d'appeler et de donner la gâterie toujours au même endroit (de préférence près du lieu de contention si celui-ci existe - voire dans le piège lui-même ou un de ses parcs, ce qui permet de familiariser le troupeau en douceur). Il est difficile d'attirer les animaux par cette méthode quand la nourriture est abondante, par contre l'attraction sera très forte en période de disette hivernale. La méfiance retient généralement les animaux aux premières tentatives, mais les résultats ne sont généralement pas très longs à obtenir. Pour les chevaux et les bovins, le simple foin est le plus souvent suffisant. En cas d'échec, (assez courant avec les moutons) essayer l'orge ou l'avoine, mais se méfier, au moins au début, des granulés qui peuvent dérouter les animaux et être longtemps refusés.
Si le but de ces apports alimentaires est la seule réduction de l'ensauvagement, il est préférable de ne pas les renouveler trop souvent pendant une longue période, afm d'éviter les phénomènes de cantonnement, nuisibles à l'objectif de gestion (surpâturage d'une partie du territoire, sous-pâturage du reste).
Enfin, il faut se méfier de devenir "trop copain" avec les animaux, et en particulier des taureaux et béliers. Par exemple, il est préférable d'éviter de caresser les taureaux sur le chanfrein ou le front; de garder un bélier nourri au biberon. Une certaine assimilation homme-congénaire peut en effet s'établir dans l'esprit de l'animal, qui, un jour, voudra mesurer sa force ou simplement "jouer" à sa manière. Ce peut être catastrophique : les plus gros accidents ont souvent été enregistrés avec des animaux trop familiers.
D'une manière générale, il ne faut iamajs être trop confiant, en particulier avec les taureaux ou les vaches qui ont des petits.
A l'inverse, il ne faut pas "surprendre" un animal, mais toujours le prévenir de la voix. Un animal surpris peut être stressé et conserver une certaine peur envers le responsable de ce stress.
Le suivi zootechnique, les apports alimentaires et les traitements antiparasitaires
Dans le cadre d'une gestion fondée sur le plein intégral, l'apport systématique de compléments alimentaires "de sécurité", même hivernaux peut nuire à l'objectif de la gestion ; par exemple en favorisant les refus ou le cantonnement. De même, les traitements antiparasitaires préventifs sont souvent néfastes, en particulier chez les jeunes car ils peuvent inhiber les systèmes de défenses immunitaires de l'animal, le rendant en fait plus fragile aux infestations comme des travaux récents de l'INRA l'ont montré chez le mouton.
Il est donc indispensable avant tout apport ou traitement, qui, en tout état de cause, représente un investissement financier non négligeable, d'identifier les besoins des animaux de manière à bien cibler ces interventions.
Trois approches permettent d'appréhender les besoins :
une bonne connaissance de la race,
une étude simple de la végétation,
un suivi zootechnique et sanitaire du troupeau.
Nous avons vu les deux premiers points au cours du paragraphe 1. Aussi, nous insisterons donc ici sur le suivi zootechnique et sanitaire du troupeau.
Il est évident que ce suivi nécessite un investissement en temps et en équipement (surtout dans le cas d'animaux ensauvagés), mais les données qu'il fournit constituent un outil de travail précieux, permettant d'éviter bien des échecs.
Son objectif est double :
connaître l'état sanitaire des animaux,
connaître leur démographie.
• La démographie du troupeau
Deux aspects sont à prendre en compte :
les naissances
la mortalité
A) Les naissances
Une bonne analyse des naissances passe, dans la mesure du possible, par la détermination de paramètres fondamentaux :
le nombre théorique des naissances et la comparaison avec le nombre réel de ces dernières.
la répartition des naissances
l'âge moyen de la première mise bas
la périodiclté moyenne de parturition
1°) Le nombre des naissances
Chez les grands herbivores, la première manifestation d'un état physiologique déficient est la baisse de la fécondité. Il est donc important de suivre l'évolution de la difference entre le nombre théorique et le nombre réel des naissances afin de déceler les baisses significatives qui constituent un bon indicateur de carence ou de faiblesse. Cette étude est relativement facile, l'élaboration de tableaux à partir de simples observations suffisent. On peut affiner les conclusions en effectuant le suivi sanitaire (cf ci-dessous) qui permettra d'établir les parallèles entre le taux de reproduction constaté et l'état physiologique réel :
lorsque des corrélations peuvent être mises en évidence, il importe, si l'objectif est d'avoir des jeunes, d'intervenir soit en apportant un complément alimentaire, soit en prenant une race mieux adaptée,
lorqu'une corrélation ne peut être établie, il importe de préciser la cause de la faible fécondité. Les hypothèses les plus probables sont :
- dans le cas d'un seul mâle, une déficience de celui-ci ou l'excès de consanguinité avec les femelles,
- si plusieurs mâles cohabitent: la surface : trop restreinte induit les bagarres et bousculades fréquentes déclenchant des avortements,
- prophylaxie ou manipulations effectuées à un mauvais moment et ayant déclenché des avortements,
- avortements brucelliques (voir plus loin),
- carence en certains éléments :
Ex : fourrage trop pauvre en protéïne pour les races moins rustiques.
+ Remarques : Nous avons parlé de différences significatives : il faut toujours tenir compte des accidents totalement aléatoires qui peuvent intervenir (bousculade entraînant un avortement, mutation génétique létale, ... ). Nous ne répéterons jamais assez qu'en matière d'élevage la réussite à 100 % est tout à fait irréaliste.
Ce suivi apporte beaucoup plus d'éléments s'il est réalisé également au niveau individuel. Il donne alors des renseignements sur les femelles (tare, consanguinité avec le mâle, animal faible pour une raison inconnue, ... ) permettant d'améliorer la gestion zootechnique. Il faut alors résoudre un nouveau problème : l'identification des individus.
Autant l'identification est simple quand le nombre des animaux est rescreint, autant elle devient très difficile quand l'effectif augmente.
- Chez les bovins (autre que Heck), l'identification est obligatoire, le problème se trouve donc par là-même en partie résolu (voir les autres méthodes dans Dudouet (1984) : Les manipulations et interventions chez les bovins).
- Chez les moutons, il peut être pratique d'utiliser les bagues à l'oreille: bien qu'assez souvent arrachées, elles s'avèrenttoutefois précieuses dans le cas de gros effectifs.
- Pour les chevaux, il faut faire une fiche individuelle de reconnaissance avec tous les signes caractéristiques possibles (sabots colorés ou non, tache sur le chanfrein ou non, particularités de la robe, etc.). Il est aussi possible de faire appel au marquage : fer rouge (douloureux) ou azote liquide ....
2°) La répartition saisonnière des naissances
Il ressort des différentes expériences étudiées et de la bibliographie, que les herbivores, surtout quand ils sont de race rustique, adaptent leur répartition saisonnière des naissances en fonction du facteur alimentaire :
si l'alimentation est pléthorique, les naissances sont étalées.
s'il apparait une saison dure (hiver), les naissances se font en début de "bonne saison",
Lorsque l'étude de cette répartition des naissances montre qu'il n'existe pas de "saisonnement" mais que la mortalité des jeunes est forte, il faut conclure que la race est mal adaptée au milieu ; pas assez rustique. On peut alors en changer ou séparer les mâles des femelles pour saisonner artificiellement le troupeau ; ce qui n'est pas sans poser de gros problèmes de contention (cette séparation est réalisée à Sr Georges de Bohon).
+ Remarques :
Un complément hivernal "préventif' peut nuire au saisonnement des naissances, el induire ainsi une mortalité plus importante des jeunes.
Il peut arriver que des jeunes naissent hors saison, après échec à la date normale, La mère saute alors généralement une année et se "ressaisonne". Le suivi de tels jeunes (Réserve des Mannevilles) a montré qu'ils présentent très généralement une plus grande faiblesse et un retard de croissance par rapport à ceux nés au printemps, hanclicaps pouvant êrre cependant "récupérés" par la suite.
3°) L'âge moyen de la première mise bas
Il est généralement fonction de la race (les races rustiques sont généralement "mûres" moins tôt que les races modernes). Sa connaissance permet de prévoir le nombre potentiel des naissances dans le troupeau ainsi que la périodicité du renouvellement du mâle (dans le cas d'un troupeau avec 1 seul mâle).
B) Les mortalités
Il existe toujours des morts accidentelles ou non expliquées, et ce quel que soit le type d'élevage; notamment en début d'élevage, ce qui est particulièrement décevant (outre les problèmes d'acclimatation à un région ou un milieu nouveau, changer un animal d'environnement constitue toujours un "stress" pour ce dernier qui peut, momentanément l'affaiblir et augmenter ainsi la probabilité de sa mort).
Toutefois en présence d'une mort, il est important :
d'identifier l'animal et connaitre ses "antécédents" (ex: nouvelle recrue, jeunes femelles primipares : elles sont les plus sensibles aux conditions difficiles, leur mort indique que le troupeau se trouve dans une situation limite ... , etc.).
si possible d'effectuer une autopsie, elle permet quelquefois d'identifier la cause de la mort et d'affiner la gestion zootechnique :
Exemple :
- mortalité des jeunes liés à une carence en sélénium identifiée par la myopathie.
- excès de parasitisme,
- accident (type hématome) non décelable extérieurement ... ,
• L'état sanitaire des animaux
L'état sanitaire peut être connu à l'aide de quelques paramètres relativement faciles à identifier :
L'état des réserves énergétiques connu grâce aux pesées el aux maniements (complétés éventuellement par les profils métaboliques).
L'évolution de la croissance : connu par la mesure des périmètres thoraciques et les pesées.
L'état parasitaire : connu par les recherches coprologiques et les autopsies.
• Les pesées
La pesée régulière des animaux constitue un outil intéressant, mais pas indispensable dans le cadre de la gestion à des fins biocénonques. De plus elle pose des problemes pratiques assez importants :
- investissement lourd (12 à 15000 Frs)
- nécessité de poser la bascule dans un endroit plan et stable
- interprétations parfois difficiles (ex: le poids dépend de l'état de réplétion de la panse chez les bovins, de l'état de gravidité des femelles, etc.)
• Les maniements
"Les manets ou maniements sont des agglomérations de graisses que l'on trouve en palpant les tissus membraneux de l'animal ... " (Guenon, 1851).
L'épaisseur des tissus adipeux périphériques est en relation étroite avec l'état général de l'animal. Ces dépôts gras reflètent l'état des réserves énergétiques de l'individu et de sa capacité à surmonter les stress divers que sont les parasites, la manipulation, les rigueurs climatiques, les besoins extraordinaires tels ceux engendrés par la lactation ou la gestation.
Il nous paraît intéressant d'exposer ici deux méthodes permettant de quantifier d'après le toucher l'état de l'animal et dont l'utilisation s'avère très concluante tout en restant très simple.
- La première est applicable aux bovins et a été testée par Lowman, Scott et Somerville (1976), Lecomte Le Neveu (1986).
- La seconde est applicable aux chevaux. Mise au point par Pollock (1980), elle est préconisée par l'équivalent de la S.P.A. en Angleterre ; elle a été testée par Lecomte Le Neveu (1986).
Maniements chez les bovins
La méthode tient compte des dépôts graisseux situés à la base de la queue et le long des apophyses transverses des vertèbres lombaires. Les notes s'étalent de 0 à 5 (voir planche de croquis).
Note 0 : les apophyses lombaires sont visibles sous le cuir ainsi que d'autres os (côtes, hanches, ... ) et l'ensemble de l'épine dorsale semble saillante.
Note 1: les apophyses transverses lombaires sont identifiables et pointues au toucher, il n'y a pas de graisse à la base de la queue.
Note 2 : les apophyses lombaires sont identifiables mais arrondies au toucher; il n'y a pas de graisse à la base de la queue.
Note 3 : les apophyses lombaires ne sont senties que par de très fortes pressions et il y a un peu de graisse à la base de la queue.
Note 4 : les apophyses lombaires ne sont plus détectables et la graisse autour de la queue est observable sous forme de bourrelets.
Note 5 : on ne peut sentir les os de la base de queue totalement noyée sous la graisse.
Des demi-notes peuvent être attribuées (2,5 ; 3,5) pour les cas intermédiaires.
On trouvera quelques autres maniements intéressants (sans cotation) dans le livre de Dudouet (1984) "Manipulations el interventions chez les bovins".
Maniements chez les chevaux
La notation prend en compte les dépôts graisseux existant le long de l'épine dorsale au niveau des vertèbres lombaires ainsi que ceux situés sur l'aile de l'ilion. Le travail de l'expérimentateur se trouve facilité par le fait que le cuir plus fin que celui des bovins, moule parfaitement les reliefs sous-jacents.
La cotation s'étale de 1 à 5 (elle est à l'inverse de celle des bovins).
Il est intéressant d'effectuer ces maniements au moins deux fois dans l'année :
- à la sortie de la saison difficile, ce qui permet de déterminer si la rigueur des conditions de vie constitue un facteur limitant ou non pour l'herbivore.
- au cours de la bonne saison, ce qui permet de juger de la capacité de "récupération" des animaux.
De même, il importe de suivre l'évolution des notes à deux niveaux :
- pour le troupeau (note moyenne)
- à l'échelon individuel
Les promoteurs de ces méthodes considèrent généralement que la note moyenne de 2,5 pour les femelles reproduites ne doit pas être dépassée (plus basse pour les bovins, plus haute pour les chevaux) au risque de voir la fertilité du troupeau diminuer, et/ou certains individus souffrir sévèrement. Cette note permet donc de déterminer la pression de pâturage maximale acceptable par le troupeau. Si une augmentation de la surface disponible ne permnet pas d'améliorer la cotation moyenne du troupeau, c'est que la race choisie n'est pas adaptée au milieu ou que celui-ci présente des caractéristiques telles qu'un complément ou un retrait hivernal s'impose. (Choisir éventuellement des castrats).
Si à la bonne saison, une cotation mauvaise en hiver n'est que peu améliorée il convient de se poser des questions vis-à-vis d'éventuels problèmes parasitaires, ou d'adaptabilité de la race choisie.
Au niveau individuel, cette méthode permet de déceler les animaux - ou les lignées - plus faibles dont l'élimination des territoires difficiles peut éviter bien des complications dans la conduite du troupeau.
En conclusion
Cette méthode très simple apporte donc un maximum de renseignements, aussi conseillons-nous vivement les gestionnaires désirant utiliser le pâturage comme outil de gestion de se familiariser avec la technique des maniements. Le seul inconvénient qu'elle présente est la nécessité de toucher l'animal et donc de devoir contenir les animaux ensauvagés.
(Chez beaucoup de chevaux, il n'est pas utile de procéder à une contention). (Cf chapitre 2.3 les problèmes de contention).
Les profils métaboliques
Cette méthode consiste à analyser le sang en sortie de mauvaise saison afin de déceler les éventuelles carences. Elle est préconisée par Payne et all (1970), En fait, elle s'avère lourde fïnancièrement et souvent difficilement exploitable. Elle ne doit donc être réservée qu'aux cas particulièrement problèmatiques, d'autant plus que certains vétérinaires doutent de sa validité.
La croissance des animaux
Elle est objectivée par la mesure des périmètres thoraciques et des distances hanche-épaule.
Outre des renseignements sur la race en général et les éventuels retards de croissance, il est utile pour les femelles de savoir si elles portent un jeune en même temps qu'elles finissent de grandir. Si tel est le cas, elles se trouvent doublement pénalisées à cette époque et peuvent présenter des difficultés à passer la mauvaise saison.
• Nature de l'éventuel apport alimentaire
En conclusion, les éventuels apports alimentaires sont de deux types :
- une pierre à oligoéléments pour prévenir ou compenser les carences. Elle représente un investissement faible et une sécurité. L'expérience montre que les animaux en extensif n'y ont que peu recours. Choisir un modèle bien résistant à la pluie.
- un complément hivernal (si l'état physiologique des animaux le nécessite). Il sera énergétique essentiellement (foin, éventuellement orge aplati). Pour les races plus fragiles et les animaux plus rudement menés, il peut être bon de compléter également l'apport protéique (bouchons de luzerne, par exemple). Un apport une ou deux fois par semaine suffit généralement.
Certains fabricants d'aliments du bétail (Duquesne Purina, par exemple) commercialisent certaines spécialités telles "bioblock" (cf. annexe) qui sont des aliments concentrés pouvant rester au plein air sans se dégrader. Ces blocs d'environ 200 kg sont déposés dans les herbages en début de mauvaise saison et sont consommés par les animaux de façon modérée en raison de limitateur d'absorption inclus dans le produit Si le coût de l'unité fourragère en devient assez élevé, la facilité de mise en oeuvre (si l'on est équipé) et le peu de temps consacré par rapport à une distribution quotidienne d'aliments plus traditionnels n'est pas à négliger.
Mais c'est à chaque gestionnaire de définir ses besoins en matière de complémentation hivernale et de faire ses comptes.
• L'état parasitaire des animaux
Plus encore que les carences, les parasites et les maladies constituent souvent une véritable angoisse pour l'éleveur débutant (surtout s'il essaie de détecter seul d'éventuelles maladies ou s'il fait des traités de parasitologie ses livres de chevet !). Ils représentent un danger,c'est vrai, mais qu'il faut relativiser et regarder avec sérénité.
Il n'est pas de notre propos, ni de notre compétence, de présenter tous les parasites et maladies auxquels peut être soumis le troupeau "outil de gestion", Nous nous contenterons de rappeler ici quelques généralités et de présenter rapidement les principaux points sur lesquels le gestionnaire doit porter son attention :
1°) Le parasitisme est omniprésent et les parasites conso tuent des éléments normaux de l'écosystème naturel. Il ne faut donc pas s'alarmer de leur présence, l'animal, surtout l'adulte, vivant, en général, en "bonne entente" avec ses parasites. Ce n'est que lorsqu'un déséquilibre se produit (l'intensification du pâturage peut constituer un exemple de déséquilibre, la malnutrition de l'animal, un autre). conduisant à un excès de parasites, que le parasitisme devient pathologique, entraînant une déficience physiologique (anémie, amaigrissement, perte de sang, ... ). Il y a alors matière à s'inquiéter. Une bonne surveillance des signes de déficience, surtout chez le jeune, beaucoup plus sensible aux parasites que l'adulte, est souvent préférable à un traitement préventif.
2°) Rappel succinct des principaux problèmes parasitaires est infectieux rencontrés chez les chevaux, bovins et ovins.
Les tableaux suivants, élaborés à partir de données fournies par le docteur Hubert Germain (docteur vétérinaire et conseiller de la L.P.O. en matière de gestion zootechnique des troupeaux mis en extensif dans ses réserves), résument les principales attaques.
• Prévention des risques sanitaires majeurs en élevage extensif
1°) Les risques majeurs
Equins : risques réduits |
Ce sont les animaux les plus "relax" sur le plan sanitaire
♦ Le risque parasitaire est réduit
♦ Parmi les maladies infectieuses (rares) :
On peut relever !rois "entités" majeures :
La rage en zone d'endémie. voir carte en annexe
La grippe équine: vaccination obligatoire en cas de rassemblements (confirmations,concours,...)
Le tétanos : vaccination conseillée si les chevaux sont exposés à des blessures (clôtures, transports, ".). Certains terroirs apparaissent plus exposés que d'autres.
⇒ Surveiller l'évolution de la peste équine en Espagne, au Portugal et au Maroc. Cela pourrait êrre dramatique si elle arrivait en France.
Bovins : risque intermédiaire |
♦ Parasitisme : il est plus complexe, et surtout moins bien supporté, par les veaux et les "2 ans" notamment, que l'on pourra être amené à traiter dans certaines conditions.
Signalons également :
♦ La coccidiose du veau : diarrhée "rouge", avec sang en nature, Elle est rare en plein air : quelques terroirs sensibles; veaux mal "démarrés" essentiellement.
♦ Les parasites externes peuvent véhiculer :
la kératite infectieuse: larmoiement, formation d'une "taie" opaque sur l'oeil, qui est parfois perdu,
les piroplasmoses : localisées à certains terroirs (présence de tiques "vectrices" contaminées), elle touche les animaux nouvellement introduits, qui n'ont pu s'immuniser naturellement. L'évolution est alors foudroyante: diarrhée mince en "crayon" ; puis urine "marc de café", anémie el ictêre foudroyants.
♦ Maladies infectieuse s: un problème à envisager essentiellement à l'achat.
Ovins : risque majeur |
Ce sont les animaux il surveiller le plus attentivement. D'abord pour leur sensibilité au parasitisme :
♦ Parasites internes :
Tous ces "vers", aisément identifiables à l'oeil nu, peuvent faire l'objet d'un recensement rapide à l'occasion d'une autopsie fortuite ... ou d'un "prélévement" prémédité: voir annexe 4 : Parasites et maladies (Bilan parasitaire chez le mouton)
La coprologie (analyse en labo d'un mélange de crottes) est une méthode plus indirecte : elle peut pécher par défaut.
En région d'endémie, grande douve, ténia et strongles pourront faire l'objet de traitements systématiques : par exemple à l'automne (mais avant la lutte; ou, sinon, deux bons mois après) et en début d'été ...
NB: Maladies infectieuses: voir paragraphe "2°) Précautions à l'achat"
♦ Problèmes externes :
A signaler également :
- le mélophage: impact modéré (= poux de la laine)
- les tiques : préjudice plus sérieux, et risque de contamination varié : parasites sanguins, virus ...
Diagnostic: annexe 4 : Parasites et maladies (Identification quelques diptères...et un acarien)
... MAIS AUSSI : Humains et canins peuvent également être porteurs, souvent inapparents, de ténias ; - les ovins et... humains ; notamment par le risque d'échinoccccose hépatique ou pulmonaire. |
2°) Précautions à l'achat
Ne pas hésirer à conracrer la DSV.
Equins
- Pas de "dépistage" à effectuer
- Vaccinations grippe er Téranos peuvent êU'e envisagées
- Déparasitage conseillé à l'arrivée : strongles er gastérophiles
Bovins
- Dépistage obligatoire : tuberculose (test cutané), brucellose et leucose (sérologie : prise de sang).
L'élevage d'origine doit être officiellement indemne : attestation garantie par la "carte verte",
- Des garanties "conventionnelles", cette fois, sont conseillées pour :
la maladie des muqueuses ; virus "BVD" (surtout).
deux virus "grippaux" : "lBR" et "RSV".
Ces dépistages s'effectuent par sérologies, de préférence dans l'élevage d'origine.
- Déparasitage conseillé à l'arrivée : grande douve, strongles , varrons si automne.
Ovins
- Dépistage obligatoire: brucellose ("carte violette")
- Garanties conseillées :
Visna-maëdi : pneumonie virale)
Border disease : virus irnmuno-dépresseur
Chlamydiose,jièvre Q, salmonellose : avortement.
... mais seul un sondage sérologique effectué sur le troupeau d'origine peut donner une indication fiable. L'analyse sur les seuls animaux achetés, surtout s'il s'agit de jeunes, n'apporte aucune garantie.
- Examen minutieux des pieds (piétin, "fourchet"), des testicules (épididymite), de la toison (gale).
- Déparasitage conseillé dès l'arrivée : strongles et ténia systématiquement ; douves et oestres si risque suspecté.
Liste des principaux antiparasitaires en annexe 4 : Parasites et maladies. |
3°) Interventions systématiques
Equins
- Pas de prophylaxie obligatoire, exception faite de la vaccination "grippe" à l'occasion de rassemblements d'animaux.
- Vaccinations tétanos et rage à apprécier selon le risque.
- Déparasitage : selon les observations effectuées, notamment sur les poulains (croissance, état, ...).
Bovins
- Prophylaxies obligatoires : selon les dispositions départementales, vaccination antiaphreuse (annuelle) et dépistages de : tuberculose, brucellose, leucose.
- Vaccination conseillée : rage, en zone d'endémie,
- Déparasitages : ils peuvent être opportuns, sur les jeunes tout au moins : varron (15 octobre/15 novembre), grande douve et dictyocaules..., voire strongles digestifs.
Ovins
- Prophylaxie obligaloire : brucellose, selon les dispositions départementales,
- Vaccinations conseiilées : rage, en zone d'endémie; maladies abortives et border disease, si diagnostiquées sur le troupeau.
- Déparasitages : un bilan parasitaire (été, automne) est conseillé: voir annexe 4 : Parasites et maladies (Bilan parasitaire chez le mouton. La décision de traiter ou non en découlera.
En conclusion, en dehors de la prophylaxie obligatoire, le dépistage et la prévention des parasites el des maladies infectieuses, demandent essentiellement une surveillance de l'état sanitaire des animaux (fournie par l'étude des maniements) et éventuellement :
- des analyses coprologiques (si les animaux paraissent affaiblis ou en prévention). Il faut prendre des fèces très frais, le plus près possible de l'anus et les porter le plus rapidement au laboratoire (envoi possible par la poste). Ces prélèvements doivent être faits lorsque la température nocturne n'est pas inférieure à 8 degrés,
- certaines vaccinations chez les chevaux (tétanos , rage),
- un traitement préventif contre la douve pour les moutons dans les régions à forte infestation,
- des autopsies dans le cas de mortalité.
Le tableau résume les différentes opérations à effectuer régulièrement sur les animaux lors de reprise.
Remarques diverses sur la conduite du troupeau
Nous avons eu à plusieurs reprises l'occasion de mentionner les difficultés que peuvent présenter certains animaux lors de leur mise en place sur le site (stress, mauvais saisonnememt, modifications dans le régime alimentaire et le climat, ... ). Il en résulte généralement une période plus ou moins longue pendant laquelle il est bon de surveiller davantage, voire donner un complément si les animaux sont amenés en début de mauvaise saison (une ou
deux fois par semaine).
Au Marais Vernier, l'expérience montre que si les bovins Highland ne posent pratiquement pas de problèmes d'acclimatation, les chevaux venus de Camargue demandent deux années pour être parfaitement acclimatés.
Au Marais de Lavours, l'état un peu faible des Highland Cattle au cours du premier hiver a incité les gestionnaires à adopter des mesures particulières à titre préventif (abri, fourrage).
De plus, c'est souvent au début, lorsqu'ils ne connaissent pas leur nouveau domaine, que les animaux font le plus de "bêtises" (sauter les clôtures, tomber dans un drain...) ; d'où là encore une surveillance accrue les premiers temps de leur installation.
Enfin, importés dans une région nouvelle, les animaux peuvent être confrontés à des maladies ou parasites pour lesquels ils ne possèdent pas de défense immunitaire, d'où une épidémie au sein du troupeau pendant la période d'acclimatation. Citons par exemple une sévère épidémie de gourme chez les chevaux camargue importés au Marais Vernier, survenue peu de temps après leur arrivée. Depuis, plus aucun cas de gourme n'a été signalé, même chez les jeunes.
Pratiquement inutile chez les bovins et les moutons, le parage des sabots est souvent indispensable pour les chevaux. En effet, le sol mou des zones humides ne pennet pas d'assurer une usure naturelle suffisante des sabots. Ces derniers, en poussant démesurément, risquent d'entraîner une modification des aplombs préjudiciable à l'animal, ou des mauvaises cassures de la corne à l'origine d'infections.
Cette opération est assez longue et fatiguante (voire dangereuse pour les débutants), surtout pour les animaux assez ensauvagés (problèmes en particulier pour les pattes postérieures). Après avoir vu faire un spécialiste et avoir acquis le matériel nécessaire (léger), le gestlonnaire peut s'acquitter lui-même de ce travail. Pour les troupeaux assez importants il faut envisager la possibilité d'installer "un travail" (installation permettant de bloquer l'animal sans effort).
A titre d'exemple. les Highland Poneys de la L.P.O, et ceux du Platier d'Oye demandent un parage 2 à 5 fois par an.
Le cheval camargue constitue de ce point de vue un outil appréciable puisque son sabot est adapté au manque d'usure (pousse en s'élargissant, sans faire de "galoches"), De nombreux chevaux en Camargue n'ont ainsi jamais leurs sabots parés ; aux Mannevilles (sol tourbeux) les animaux en place depuis 7 ans ne présentent aucun problème de sabots malgré une absence totale de soin.
Il peut arriver qu'un animal se blesse (souvent au niveau des membres chez les chevaux) ; le soigner peut poser de gros problèmes lorsqu'il est ensauvagé: le fait de lui courir après ou de le forcer peut provoquer un stress ou un effort violent incompatible avec son état de santé. Dans ce cas, il peut être préférable de ne pas "courser" l'animal mais d'attendre un peu.
A titre d'exemple, nous citerons le cas d'une jeune pouliche encore à la mamelle dont la patte cassée lors d'une altercation entre adultes se remit d'elle-même sans compromettre la vie future de l'animal. Une capture aurait fait courir un risque supplémentaire d'ouverture de la fracture, déjà déplacée, Par ailleurs, l'opération, la contention et l'allaitement artificiel du poulain auraient entraîné des dépenses 10 à 20 fois supérieures à sa valeur marchande, Il ne s'agit pas là d'un détail sordide mais d'une réalité de l'élevage.
Chez les animaux rustiques, la mise bas ne constitue pas un problème particulier.
II faut toutefois éviter de déranger la mère qui risque de vouloir se cacher davantage et choisir un mauvais endroit (les fourrés bordant les drains par exemple).
D'autre part, les mères cachent souvent leur petit au début (surtout chez les bovins) : il ne faut donc pas s'inquiéter de ne pas voir le jeune, surtout si la mamelle est peu enflée et le trayons propres montrant qu'elle est têtée.
Les équipements
Les clôtures
Les diverses expériences existantes montrent que la nature des clôtures dépend :
- des animaux, notamment de l'espèce,
- de la surface disponible,
- du voisinage (si d'autres animaux de la même espèce se trouvent à proximité, les mâles forcent les clôtures pour se battre ou saillir les femelles)
En France, les surfaces gérées par le pâturage extensif sont toujours relativement restreintes, ce qui oblige à élaborer des clôtures qui devront servir véritablement de barrage.
Aux Pays-Bas, dans les Réserves de Ooskvoardersplassen et Slikken van Flakkee où les surfaces sont très importantes (600 et 1 600 ha) 2 rangs de fil électrique (véritable fil de fer électrifié et non le simple cordon habituel) suffisent pour contenir les bovins Heck, pourtant assez agressifs.
♦ Les clôtures pour les bovins
Les bovins rustiques ont les défauts de leur qualité : ils sont en général plus agiles, plus rapides et plus fonceurs que leurs "cousins modernes", Par exemple, les Highland et les Casta forcent facilement les clôtures normales. Aussi nécessitent-ils des clôtures plus conséquentes, avec :
- du barbelé plus fort, en évitant les modèles torsadés dont la torsion s'inverse à chaque picot,
- plus de rangs (ex: 6 aux Mannevilles pour les Highland),
- des pieux plus serrés (ex: tous les 4 mètres aux Mannevilles ; tous les 2 mètres au Marais d'Yves avec régulièrement des traverses de chemin de fer),
- des clôtures plus hautes (ex : 1,2 à 1,25 mètre).
A la Réserve de Tjamme (Pays-Bas) la contention des bovins Highland se fait avec 4 rangs barbelés sur 1,1 m de haut, mais doublés d'un fil électrique vers l'intérieur.
♦ Les clôtures pour chevaux
Dans toutes les expériences rencontrées, des clôtures normales (4 barbelés sur des pieux espacés de 4-5 mèrres) suffisent. Il faut éviter les fils lisses, recommandés par les éleveurs de chevaux de sang, qui s'avèrent inefficaces et parfois dangereux (les animaux en forçant risquent de casser des fils et de se blesser).
A la Réserve de chasse de St Georges de Bohon, les poneys new-forest sont contenus avec des clôtures électriques ordinaires. Cependant, ces dernières sont parfois bousculées par les animaux.
Il semble donc préférable de réserver les clôtures électriques pour les barrages internes et avoir une clôture fixe pour l'extérieur. De même, les rubans électriques (cf. annexe), mieux vus par les chevaux, semblent plus efficaces.
La clôture électrique peut cependant poser quelques problèmes pour les chevaux qui, quand ils sont agressés par les mouches, jouent volontiers de la queue. Ils peuvent alors involontairement enserrer le fil électrique, ce qui les fait bondir en arrachant le fil ; et rompent la continuité du conducteur.
♦ Les clôtures pour moutons
Le grillage est indispensable à la contention des moutons. Le plus adapté est le grillage URSUS à mailles progressives sur 90 cm de haut (les petites mailles en bas) renforcé de 3 rangs de barbelés (1 en bas et 2 au-dessus).
+ Remarques générales sur les clôrures :
- Les clôtures ont tendance à se détendre, il faut donc, d'une part prévoir des tendeurs à distances régulières, d'autre part éviter d'enfoncer les crampillons ce qui empêche les piquants de barbelés de passer.
- Pour fixer le grillage sur du fil, il existe des pinces à agrafes très pratiques.
- Il est préférable de prendre de gros pieux fendus plutôt que des rondins : la quantité de coeur (partie dure du pieux) est plus importante et les pieux sont plus résistants.
- Les pieux en acacia ou châtaignier sont généralement moins putrescibles. De même, les pieux écorcés résistent plus longtemps.
- En terrain mou, les pieux doivent être plus longs (2 mètres), ainsi que les jambes de force des angles (elles sont plus efficaces lorsqu'elles s'appuient sur deux pieux consécutifs). Il est également recommadé de profiter des arbres existants (saules ou bouleaux) pour servir d'"ancrage'' à la clôture.
- Les clôtures sont toujours source de soucis. il faut les entretenir et les surveiller régulièrement (faire le tour 1 fois par mois) : les sangliers peuvent trouer le grillage, les fils casser (ils deviennent alors dangereux pour les animaux), des arbres s'abattre et les abîmer.
- Il est souvent préférable d'effectuer les clôtures en saison humide (les pieux s'enfoncent plus facilement).
- Il faut mieux éviter le grillage pour les chevaux : ils ont tendance à l'affaisser en marchant dessus s'ils peuvent passer l'encolure par-dessus la clôture.
- L'utilisation d'une tanière en milieu sableux s'avère problèmatique du fait de son usure très rapide (Platier d'Oye).
- Enfin, les meilleures clôtures sont souvent constituées par les plans d'eau ou les drains. Il est généralement inutile et néfaste de les mettre en défends : les animaux rustiques sont généralement assez prudents pour ne pas se noyer ; et celà évite l'installation d'une ripisylve souvent préjudiciable à l'intérêt ornithologique du plan d'eau. La seule précaution à prendre est d'éviter que les animaux s'aventurent sur la glace par très grand gel (un fil électrique placé temporairement peut être alors dissuasif).
Le parc de contention
Avant d'aborder ce chapitre, nous tenons à signaler aux gestionnaires ayant choisi le bovin ou le mouton comme outil de gestion, les livres de Christian Dudouet, présentant de façon claire et illustrée de nombreux détails pratiques afférents à la contention des animaux : les manipulations et interventions chez les bovins, les manipulations et interventions chez les ovins.
Quelle que soit l'espèce ou la race choisie, le gestionnaire devra à plus ou moins long terme efÎectuer des reprises de ses animaux. Pour que ces dernières se fassent dans les meilleures conditions d'efficacité, de confort et de sécurité. il est indispensable de construire un piège - encore appelé parc de contention ou parc de reprise.
Cette installation représente un investissement, en temps et en argent, mais celui-ci se trouve très rapidement amorti, et tous ceux qui croient se passer de cet équipement y viennent tôt ou tard.
Ce type d'équipement comprend deux parties :
- le piège proprement dit où se trouvent rassemblés les animaux,
- le couloir de contention où les animaux passant 1 par 1 peuvent être bloqués et manipulés.
L'une et l'autre de ces deux parties devront être adaptées aux besoins du gestionnaire, en visant une optimalisation de l'investissement.
Il est toujours intéressant, avant de consrruire un piège, d'aller voir ceux des éleveurs de la région pour profiter de leur expérience, Au gestionnaire ensuite d'adapter l'outil agricole à son "outil de gestion".
♦ L'intérêts et rôles du parc de contention
Le piège doit pouvoir jouer plusieurs rôles :
- maîtriser le plus rapidement possible l'ensemble des animaux du troupeau,
- parc d'attente lors de lâchers ou de sorties d'animaux,
- isolement d'un animal malade ou blessé,
- réalisation du suivi sanitaire,
- prophylaxie,
- contention permettant une intervention même lourde sur un animal,
- etc.
Cette vocation multiple du parc induit un certain nombre de contraintes portant sur :
- son emplacement,
- le piège, sa forme, ses clôtures,
- le couloir,
- son utilisation.
♦ L'emplacement du parc
- En premier lieu, rappelons que le parc devra se situer dans un angle de parcelle afin de profiter de la clôture pour pousser ou retenir les animaux,
- Il devra êrre accessible aux animaux le plus facilement possible, Il faut donc éviter les endroits trop humides, inaccessibles une partie de l'année. De même, si le territoire géré est divisé en plusieurs grandes unités, le parc devra pouvoir desservir chacune de ces unités.
- Il devra être accessible aux hommes, et notamment, si possible, aux hommes motorisés (bétaillère, tracteur, voiture du vétérinaire...). Cette exigence est particulièrement importante lors de la sortie d'animaux adultes (bovins et chevaux) ; ce n'est malheureusement pas toujours possible.
♦ Le piège
Classiquement, le piège se présente comme unl entonnoir débouchant sur le couloir de contention (cf schéma). Dans le cas d'animaux plus véloces et plus ensauvagés que la normale, et dans la mesure où ce piège constitue souvent la seule "construction" disponible, il faut prendre quelques précautions particulières :
- Le piège devra êrre assez grand pour contenir l'ensemble du troupeau (ou l'une de ses grandes unités s'il est divisé) et ce, de façon suffisamment peu contraignante pour ne pas multiplier les risques de patrique. Aussi, le "grand côté" de l'entonnoir peut mesurer jusqu'à 20, 30 mèrres.
- La barrière butoir de l'entonnoir (B sur le schéma) doit être facilement maniable et très solide (les animaux aussitôt qu'ils sont enfermés cherchent à sortir). Pour cette raison de nombreux éleveurs préfèrent les tubes métalliques creux, beaucoup plus légers et maniablesque les barres de bois.
- Le piège lui-même doit être réalisé en clôtures très renforcées (tubes, grillage, glissière métalliques ... ) et très hautes (chevaux et bovins poussés présentent parfois une vélocité et une légereté étonnantes).
- Il doit êrre constitué de plusieurs parcs internes, pour permettre l'isolement de quelques animaux ou leur garde, en dehors des périodes de grandes reprises collectives : pour éviter pendant ces dernières, les combats et manifestations violentes réunis sur une surface réduite, les animaux développent parfois une agressivité exagérée, pouvant conduire à des accidents graves. De plus cela retire au troupeau la possibilité de concentrer une poussée sur un seul point de la clôture. Les clôtures intermédiaires devront répondre aux mêmes exigences de légèreté et de solidité que la grande clôture.
- Il peut être bon d'aménager à l'intérieur du piège quelques zones de sécurité pour la protection des manipulateurs. De même, côté interne, l'escalade des parois doit êrre facile pour échapper à une charge éventuelle.
♦ Le couloir de contention
Pour des raisons pratiques et de sécurité, il est bon d'acquérir une cage de contention du commerce (cf. photo) qui sont généralement particulièrement bien conçues pour les différentes manipulations des bovins et des chevaux (panier de sécurité, blocage du cou, blocage des postérieurs, portillons de côté, ... ). La cage est placée en fin de couloir. Celui-ci doit être réduit en longueur pour limiter les craintes de l'animal.
Il existe plusieurs modèles de cage, dans le cas d'animaux au cornage imposant, il est préférable de coincer le cou de façon centrale (photo) et d'avoir un panier de sécurité : même le cou bloqué, l'animal peut donner des coups de cornes sévères. Pour ces mêmes animaux, il faut que la cage soit suffisamment large pour que les cornes passent. Dans ce cas, les jeunes bêtes peuvent se retourner, ce qui est ennuyeux. On peut donc joindre à la cage un dispositif limitant sa largeur au niveau des pattes et du corps.
Si la cage doit servir pour les bovins et les chevaux, il peut être utile de couper la (les) première(s) barres de toit. Les chevaux sont en effet très sensibles au fait de ne pas pouvoir passer l'encolure haute.
Les cages sont généralement en métal, le bruit des sabots sur celui-ci peut provoquer des paniques, il est donc prudent de placer un tapis de caoutchouc.
Pour pouvoir accéder à l'animal par le haut, éviter les cages avec un toit complet.
Si le gestionnaire n'a pas les moyens d'acquérir une telle cage de contention, son couloir devra s'en rapprocher le plus possible du point de vue de la conception.
♦ L'utilisation du parc
- Les animaux doivent être habitués au parc de contention. La solution la plus simple est de familiariser le troupeau avec le piège en mettant régulièrement quelques "gâteries" ou compléments hivernaux à son niveau. Les animaux méfiants refuseront en effet d'être poussés dans l'entonnoir, il est souvent préférable de les y attirer (moins de personnes nécessaires, moins de danger, moins de stress et moins d'échecs).
- Même pour reprendre un seul animal, il est souvent plus simple de rassembler tout le troupeau dans le piège plutôt que de vouloir pratiquer la séparation au sein de l'herbage.
- Pour les animaux méfiants, il est bon d'effectuer quelques "passages pour rien" dans le couloir et la cage (sans effectivement contenir l'animal) et ce plusieurs fois, espacées dans le temps, avant la reprise.
- Il est prudent d'accomplir les grandes reprises avec un nombre suffisant de personnes, de façon à dissuader les animaux à forcer ou à sauter les clôtures du piège (quelques personnes placées à l'extérieur du piège et munies d'un bâton peuvent suffire à éviter des précipitations et charges pouvant endommager le matériel et "donner des idées de fuite" aux animaux.
- D'une manière générale, éviter tout affolement (des hommes et des bêtes), précipitation et nervosité. Faire attention aux cornes des bovins mais aussi de béliers qui peuvent provoquer des dégâts au niveau des rotules et de la colonne vertébrale ; des coups de pieds des chevaux comme des bovins (l'expression "coup de pied en vache" n'est pas usurpé !).
♦ Equipements annexes pouvant être utiles lors des contentions
- Un outil très pratique, surtout pour les bovins, est le trident camarguais. Non vulnérant pour l'animal, il permet toutefois de le maintenir en respect. Il s'avère notamment très utile pour les personnes qui entrent dans le piège et trient les animaux.
- De même, les boules de protection à placer sur les cornes peuvent être recommandées dans certains cas.
- L'aiguillon électrique (notamment porté sur un manche pour éviter les coups de pied) s'avère pratique pour faire avancer (ou se lever) un animal tenu (pour les bovins).
- Les licols, cordes, longes, etc., sont toujours très précieux (cf. Dudouet-1984) pour la façon de poser les longes sur les bovins.
- L'anneau du taureau : dans beaucoup de régions, les taureaux sont maîtrisés à l'aide d'un anneau passé dans le nez. S'il est vrai que bien posé, cet anneau peut s'avérer fort utile pour tenir l'animal, il peut être catastrophique s'il est mal placé (trop bas, le cartilage peut casser, trop haut ou trop petit, il blesse l'animal, le rendant plus agressif) et non surveillé. Il ne faut donc utiliser cet équipement qu'avec précaution et doigté. Il en est de même des pinces nasales ou "mouchettes" dont l'utilisation demande un certain savoir-faire.
♦ Les drogues
Elles sont de deux types : les calmants type "Vétranquil", administrés avec de la nourriture dans le piège de contention et destinés il calmer l'animal pour d'éventuels transports ou manipulations; les seringues envoyées avec un fusil destinées à immobiliser l'animal en l'absence de parc de contention. Deux produits sont généralement employés : le rompun et l'imobulon ; ce dernier étant plus efficace mais beaucoup plus dangereux.
En fait, les drogues doivent être utilisées sous contrôle vétérinaire, chaque espèce, chaque race, voire chaque individu pouvant réagir de façon très différente et inattendue. La survie de l'animal peut dépendre d'une mauvaise tolérance, tandis que certains produits plus ou moins hallucinogènes dans leurs effets secondaires mettent en péril celle des manipulateur.
Les pesées
Elles sont réalisées dans la cage de contention quand celle-ci est adaptée sur un système de bascule. Il est alors nécessaire d'avoir un support plan et dur (parfois difficile à trouver dans une zone humide : on peut profiter d'un pont ou d'un chemin).
L'abri
D'une manière générale. les abris ne sont pas utiles dans le cadre d'un pâturage de type extensif. Certains gestionnaires préfèrent toutefois en posséder un par sécurité. Il faut alors prendre garde à trois "effets pervers" des abris et adapter ceux-ci en conséquence :
- Le cantonnement du troupeau aux abords de l'abri. Il s'ensuit une zone très souillée, défoncée, posant des problèmes d'ordre zootechnique et biocénotique.
- Les abris "courants d'air" : ils imposent en fait des conditions climatiques plus difficiles que le plein air intégral.
- Les abris trop confinés. provoquant des effets de cbaud et froid malsains pour l'animal.
Rappel de l'intérêt patrimonial des zones humides
" Il est aussi stupide d'assécher le dernier de nos grands marais qui recèle une abondante vie naturelle sauvage, que de démolir la cathédrale de Chartres pour en faire un champ de pommes de lerre".
Comte Léon Lippens "Les zones humides". de Braakhekke et Marchand. 1987.
Au vocable général de "zone humide" correspond une grande variété de milieux. En fait tout secteur où l'abondance d'eau joue un rôle prépondérant pendant au moins une partie de l'année, peut être défini comme une zone humide.
Nous retiendrons la définition de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature et de ses ressources (U.J.C.N.) qui servit de base à la Convention Internationale de Ramsar (1971) dans laquelle une quarantaine de pays - dont la France - se sont engagés à "enrayer à présent et dans l'avenir les empiètements progressifs sur ces zones humides et la perte de ces zones" :
Sont considérées comme zones humides "toutes zones de marais, marécages, tourbières ou eaux libres, qu'elles soient naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, que l'eau soit stagnante ou courante, douce, saumârre ou salée, incluant les zones d'eau marines littorales, dont la profondeur ne dépasse pas six mètres à marée basse".
Outre cette définition, les zones humides peuvent aussi être identifiées par un certain nombre de caractéristiques qu'il nous semble important de rappeler en guise d'introduction à ce mémoire.
- Les zones humides sont relativement rares: elles ne représentent que 2 % - soit 900 millions d'ha - de la surface terrestre du globe (Braakhekke et Marchand 1987). Bien qu'étant d'un intérêt biocénotique et économique souvent primordial - en Europe comme dans les pays du tiers monde - elles ont depuis toujours suscité une réaction de rejet chez la majorité des peuples et on fait l'objet de nombreux travaux destinés à leur assèchement et leur disparition. En France, nous citerons, entre autres, l'édit d'Henri IV de 1599 incitant à assécher "tous les paluds de France" et les quelques milliers d'hectares ayant fait l'objetd'un drainage depuis la dernière guerre. La part des zones humides, déjà réduite, tend donctoujours à s'amenuiser.
- Elles présentent naturellement une diversité importante de biotopes, inclus au sein du gradient allant du milieu franchement aquatique à celui franchement sec, Une zone humide est donc, en fait, une véritable mosaïque de milieux humides différents possédant entre eux d'étroites relations hydrauliques et biocénotiques.
- Elles possèdent une grande originalité par rapport aux autres territoires. La présence d'eau confère en effet aux biotopes qu'elles abritent des caractéristiques suffisamment particulières et fortes pour que les biocénoses qui les peuplent leur soient tout à fait spécifiques.Ceci est vrai pour l'ensemble des éléments floristiques et faunistiques de ces biocénoses, même si certains, comme l'avifaune, sont plus notoirement connus, alors que, d'autres,comme l'entomofaune, passent plus inaperçus ou sont réduits à. un seul groupe d'espèces (par exemple les moustiques!). Chaque biotope humide ayant son cortège floristique et faunistique, les zones humides présentent donc une grande diversité d'espèces originales par rapport aux milieux voisins. Parmi ces espèces et étant donné le faible développement de ces zones, beaucoup sont rares, en voie de régression ou de disparition.
L'originalité et la diversité des biotopes et des biocénoses des zones humides, en font également des secteurs de haut imérêt paysager.
- Les zones humides ont une productivilé biologique très remarquable et les scientitiques incluent les marais parmi les milieux les plus productifs de la planète. Cette production n'esl pas sans possèder un impact économique. nolamment en matière de chasse et de pêche.
- Enfin, plus que d'autres écosystèmes, les zones humides restent largement ouvertes et en communication avec les autres territoires. Quelques exemples très simples illustrent ces relations inter-écosystèmes :
- La très grande majorité des oiseaux aquatiques sont migrateurs, ils assurent donc une dépendance entre zones humides parfois très éloignées les unes des autres.
- De nombreux animaux, tels les batraciens. nécessirelll la présence d'une zone humide pour leur reproduction, alors qu'ils vivent le reste de l'année dans les milieux plus secs où ils jouent un rôle fondarnental en tant que prédateurs.
- Enfin, les zones humides interférent de façon notable dans le cycle général de l'eau et contribuent donc à la distribution qualitative et quantitative de cet élément indispensable à la vie.
L'ensemble de ces caractéristiques donne aux zones humides un caraclère naturel fort, un rôle à la fois socio-économique et écologique évident:
- Socio-économique de par la multiplicité des utilisateurs potentie!s ; le tableau issu du livre "Terres et eaux" édité par le CESTA en 1986 en représente les principaux.
- Ecologique, de par la multiplicité de leur fonction :
- élément de diversité biocénotique ; e!les contribuent au maintien de l'équilibre bioiogigue régional,
- réservoir d'espèces rares et peu courantes ; elles participent à la conservation de notre patrimoine naturel,
- régulatrices du facteur eau, elles permettent une meilleure stabilité climatique (la figure ci-dessous, illustre le "rôle tampon" joué par un marais vis-à-vis du facteur eau, dont bénéficient les milieux voisins).
Aspects techniques
Nous voulons dans ce chapitre donner aux gestionnaires ou aux futurs gestionnaires quelques données pratiques en matière d'élevage extensif, notamment en ce qui concerne la conduite générale du troupeau. Certaines sont véritablement spécifiques au mode extensif du pâturage, d'autres rappellent de simples techniques propres à tout élevage. Ces dernières pourront paraître simplistes et évidentes aux professionnels agricoles mais beaucoup de gestionnaires auxquels est destiné ce cahier sont totalement novices en la matière.
La nécessité d'une gestion active pour la conservation des zones humides
1.2.1 Rappel sur l'évolution réciproque des activités humaines et des biocénoses
Le rapport établi en 1986 sur "L'évolution réciproque des activités humaines et des biocénoses dans les Réserves Nature!les" (Le Neveu) a permis de faire le point sur deux faits fondamentaux:
- Les zones humides actuelles, quelle que soit leur richesse biologique, ne sont pas, pour la plupart, naturelles au sens primaire du terme.
- L'évolution actuelle des activités humaines, et notamment de l'agriculture, au sein des zones humides entraîne une modification souvent très rapide - des biocénoses en présence.
L'influence anthropique dans les zones humides
Exceptés quelques secteurs particuliers (vasières, slikke. schorre), la richesse biologique des zones humides, qu'elles soient littorales ou intérieures, résultent d'une adéquation entre des facteurs naturels et des données anthropiques du milieu. Ces données humaines sont souvent très importantes et appartiennent aux deux catégüries suivantes :
- Des actions rémanentes induisant une "artiflcialisation" du milieu. Nous citerons par exemple :- les destructions d'espèces (grands herbivores, grands carnivores, ... ) qui ont depuis longtemps modifié le fonctionnement même des écosystèmes;- les aménagements (drainage, endiguements, ... ) qui ont changé les données hydroédaphiques (données concernant le sol et l'hydraulique) de la très grande majorité des zones humides encore présentes.
- Des actions fluctuantes mais souvent déterminantes dans l'origine des richesses bioiogiques, c'est le cas en particulier du pastoralisme (pris au sens large du terme, incluant pâture et fauche de fourrage ou de litière) qui est à l'origine de la structure et de la composition spécifique de ces milieux. Or, dans les zones humldes, l'importance des "milieux ouverts", c'est-à-dire de structure herbacée basse, est tout-à-fait primordiale puisque c'est à leur niveau que se situent les principales espèces animales et végétales justifiant l'action de protection, Citons entre autres, l'intérêt de ces milieux pour l'avifaune aquatique migratrice.
L'évolution actuelle des zones humides
D'une manière générale, les marais posent actuellement de gros problèmes agricoles. L'élevage pratiqué traditionnellement n'y apparait plus rentable. Aussi, pour la profession, doivent·ils, à moyen terme être l'objet de travaux d'assèchement ou être abandonnés. Les zones humides risquent donc, à plus ou moins brève échéance, d'être dégradées ou délaissées par l'agriculture (parfois les deux à quelques années d'intervalle !). L'impact de l'une ou l'autre des deux solutions, entraine une profonde modification des biocénoses en place,
conduisant à une banalisation du milieu.
A ) L'abandon induit la dynamique végétale suivante :
| structure herbacée basse | structure herbacée haute | structure arbustive | structure arborescente |
et provoque la disparition à grande échelle des stades ou verts et des espèces qui lui sont inféodées. Nous avons vu leur importance dans l'intérêt biologique des zones humides.
De nombreux exemples de dégradation consécutive à l'abandon peuvent être cités :
- Au Marais Vernier de Lavours (Ain), si le marais n'est pas entretenu, l'évolution de la couverture végétale conduit spontanément à une fermerure des espaces ouverts (aulne glutineux et saule cendré).
Aussi la flore se banalise (Majchrzak, 1984) ; (Ain et Paurou, 1969) . - Dans les marais de Saint Georges de Bohon (Manche), l'abandon de l'exploitation élève le niveau de la strate herbacée, interdisant le stationnement des limicoles, alors que ce marais est nécessaire aux migrations de ces oiseaux.
- En Brière, quand il y a abandon des pratiques traditionnelles, "le marais évolue vers des phragmitaies denses progressivement colonisées par la boulaie" (Constant, 1983).
- A la Réserve Naturelle du Bout du Lac (Haute Savoie), "suite à un abandon presque total de la fauche, le phénomène d'évolution naturelle tend à faire régresser la flore qui étalt beaucoup plus riche au début du siècle. Ainsi l'arrêt de la fauche se traduit par l'apparition de saules cendrés et d'aulnes glutineux. Ce milieu devient peu intéressant car il tend vers une chênaie, forêt climax déjà largement représentée dans la région. Nous assisterons ainsi à une banalisation du biotope par uniformisation de la flore et par conséquent de la faune" (Mosse, 1984).
- Les Marais de Chautagne en Savoie, autrefois fauchés pour la "blache" sont à présent abandonnés en grande pante et le boisement à saules et aulnes relaie rapidement les prairies.
Le Marais de Veniél (Loir et Cher) en l'absence d'exploitation pendant 30 ans, connaît une évolution accélérée vers le boisement (Henry, 1981).
Il serait encore loisible d'évoquer dans des termes très analogues les 1,4 million d'hectares de zones humides de France (Mustin, 1982) dont beaucoup (Brenne, Sologne... ) connaissent des problèmes écologiques comparables.
Dans tous les cas, les scientifiques insistent sur l'aspect négatif et banalisant de cette évolution, en s'appuyant sur les mêmes arguments que ceux qui justifient la nécessité de protection, à savoir :
a) La diversité spécifique, pour le site comme pour la région.
b) La rareté et la spécificité des espèces par rapport à un biotope : dans de nombreuses zones humides, les milieux ouverts abritent des espèces rares et caractéristiques alors que les espèces de la structure haute de ces mêmes biotopes sont beaucoup plus banales. Au Marais Vernier, par exemple, les prairies accueillent courlis, bécassines, oies, ... alors que le bois de bouleaux résultant de 30 années d'abandon, de ces mêmes prairies ne comptent plus que rouge-gorges, mésanges, ramiers, etc.
c) Le fonctionnement équilibré des écosystèmes : l'abandon de l'entretien agricole favorise souvent une eutrophisation des groupements présents et une accumulation de la litière, témoignant d'un déséquilibre du milieu (non fermeture des cycles biogéochimiques).
d) Du point de vue paysager : la perte des strates basses engendre une monotonie plus forte, voire une banalisation.
Pour éviter toute exagération abusive, il irnporte ici de remarquer que c'est la généralité de la structure haute qui est néfaste ; l'existence d'une rnosaïque structurale, faisant alterner les secteurs ras et les secteurs hauts, est souvent source de diversité biologique et paysagère el donc de richesse. |
B ) Inversement. l'intensification agricole, se traduisant généralement par le cortège :
Drainage, amendemen, pression de pâturage forte... engendre une régression de la diversité du milieu et une perte de la spécificité de ce dernier. Ainsi, au Marais Vernier, des groupements végétaux typiques des marais comprenant des espèces végétales rares (Orchidées, plantes carnivores, ... ) cédent-ils le pas à des groupements prairiaux beaucoup plus banaux (dominance de graminées. trèfles. etc. ) après intensification agricole.
1.2.2 La nécessité d'une gestion active
Face à ce constal, pour l'ensemble des gestionnaires. un consensus se dégage sur la nécessité de gérer de façon active, autrement qu'avec une simple proteclion, et sur des crilères autres qu'agricoles.
Mais, si chacun est d'accord pour agir, il est souvent difficile de savoir exactement sur quoi et comment réaliser cette action.
Avant d'entrer plus en détails sur les différents modes de gestion possibles qui feront l'objet de la seconde partie de ce cahier technique, il convient, à ce stade de la réflexion d'insister sur quelques remarques fondamentales d'ordre plus général :
1. La gestion à envisager doit être en relation avec les objectifs de la protection. Il est donc indispensable d'énoncer c1airement ces objectifs. A ce propos, et bien que celà soit parfois pleinement justifié, il faut mettre en garde le gestionnaire - ou futur gestionnaire - contre les études et des objecrifs trop sectoriels et l'inciter à posséder au maximum des arguments écologiques de synthèse. Quelques exemples déjà cités dans le rapporr "Evolution réciproque des biocénoses et des activités humaines dans les Réserves Naturelles peuvent être rappelés ici :
- Dans la Réserve des Mannevilles, une parcelle entretenue en fauche apparaissait particulièrement riche sur le plan botanique du fait de l'abondance d'une espèce rare d'orchidée.
L'étude entomologique y a révélé par contre une pauvreté assez grande. On préféra donc à la fauche un mode de gestion plus compatible avec les deux aspects faune et flore, qui se révéla en fait plus intéressant sur le plan floristique (beaucoup plus d'espèces dont plusieurs d'Orchidées rares) comme sur le plan faunistique. - On a vu parfois des aménagements ornithologiques incompatibles avec l'intérét floristique. Ainsi, hors Réserve Naturelle, à Mortemer en Seine-Maritime, la création d'un plan d'eau à vocation ornitlhologique a fait disparaître la seule station de Haute Normandie de Pedicularis palustris.
- Citons enfin les aménagements cynégétiques des marais, destinés au seul gibier d'eau et souvent incompatibles avec une réelle richesse biologique des écosystèmes.
2. La gestion doit être adaptée au milieu. Elle nécessite donc une bonne connaissance préalable du site et de ses différents aspects. Il n'est certes pas utile que la zone à gérer ait fait l'objet d'une thèse ; une bonne gestion n'est pas réservée aux seuls scientifiques de haut niveau. Cependant certaines données sont indispensables à une bonne adéquation de la gestion du milieu. Nous citerons, entre autres, les caractéristiques physiques et chimiques du sol. le contexte ciimatique et hydrologique, les principaux groupements végétaux en présence, le contexte écologique régional, etc. Pour les gestionnaires tout à fait novices en la matière, une expertise réalisée par un écologue qualifié constitue une garantie contre les erreurs de base.
3. Comme nous l'avons dit dans l'avant-propos, et parce que la gestion sera adaptée aux données écologiques du milieu, il est impossible de donner "des recettes", aussi chaque gestionnaire jouera le rôle "d'expérimentateur" pour son propre territoire. Il convient donc de garder une attitude d'expérimentation,
- en testant. dans la mesure du possible, la gestion choisie sur une surface réduite ;
- en évaluant cette gestion avec des critères correspondant aux objectifs définis précédermnent. Là encore, il n'est pas toujours utile d'effectuer des études lourdes, et quelques expertises répétées sur plusieurs années peuvent suffire.
4. Comme l'influence anthropique mise en évidence plus haut, la gestion peut intervenir à deux niveaux :
- sur le biotope, c'est-à-dire en agissant sur les données hydrauliques, topographiques ou édaphiques ;
- sur les biocénoses, et notamment la dynamique végétale en maintenant la structure désirée.
5. Enlin, il faut savoir que, quel que soit le mode de gestion choisi, il résultera toujours d'un compromis entre le souhaitable, défini par les objectifs de la gestion, et le réalisable qui tiendra compte des données écologiques mais aussi financières, par exemple, politiques (pris au sens très large du terme) ou foncières. La surface - ou plutôt le manque de surface - constitue souvent un élément primordiail dans le choix et le réalisation de la gestion.
Le chapitre suivant, en présentant les principaux types de zones humides, faisant aujourd'hui l'objet d'une gestion active, permet de préciser ces différents points.
Aspects juridiques et administratifs
Quatre aspects sont à prendre en compte.
2.3.1 L'aspect sanitaire
Par principe, il est bon, avant de commencer un élevage, de contacter la Direction des Services Vétérinaires dépanementale afin de connaître les coutumes et obligations locales en matière d'élevage (certains vaccins ou contrôle obligatoires différent d'une région à l'autre).
- La prophylaxie
Elle est annuelle et obligatoire chez les bovins dans toute la France, chez les moutons dans de nombreuses régions. Elle s'accompagne de l'identification obligatoire du cheptel bovin. Il faut prendre contact avec le vétérinaire local pour toutes les démarches nécessaires.
En ce qui concerne le cas particulier des bovins, il faut rappeler que l'éleveur doit être en possession, pour chaque animal, d'un document ("carte rose" ou Document d'Accompagnement Bovin) et que les transactions entre éleveurs ne peuvent se faire que sous couvert d'un document sanitaire (carte verte) attestant la bonne santé de l'animal. Là aussi il est nécessaire de prendre contact avec le vétérinaire sanitaire local ou la D.S.V. qui donnent tous les détails utiles selon le sexe ou l'âge de l'animal, les obligations en cours d'année, etc.
- L'équarrissage
Théoriquement, tout animal mort, de plus de 40 kg doit être signalé et ramassé par un équarrisseur. Exceptionnellement (zone inabordable par exemple), le maire peut accorder l'autorisation d'ensevelir sur place à condition que ce soit loin d'habitation et de mettre de la chaux vive.
- Les avortements bovins
Les avortements en fin de terme chez les bovins doivent être signalés et faire l'objet d'un contrôle brucellique.
2.3.2 Les assurances
Il est indispensable que le gestionnaire ou le propriétaire du troupeau possède une assurance couvrant la responsabilité civile agricole pour les dégâts ou accidents provoqués par son cheptel. Dans le cas d'animaux assez véloces, il est préférable que cette assurance couvre également les saillies indésirées.
Eventuellement, pour les animaux de prix, il est possible de prendre une assurance mortalité (elle est relativement onéreuse).
2.3.3 La mutualité agricole
Devenant éleveur, même sans rapport financier, le gestionnaire peut devoir se déclarer comme exploitant agricole. Ce qui l'oblige à s'acquitter des taxes de mutualité agricole correspondantes.
Il importe là aussi de se renseigner auprès de la Direction Départementale de l'Agriculture ; les exigibilités et les taux de ces taxes pouvant varier d'une région à l'autre.
2.3.4 La protection animale
Légalement, les animaux doivent disposer d'une aire paillée sèche, ce qui n'est pas toujours possible dans le type d'élevage extensif étudié. Or, le non respect de cette règle peut, en toute rigueur conduire à la saisie du troupeau et à la poursuite de l'éleveur.
En conséquence, et en particulier dans le cas d'animaux bien en vue, il importe d'informer le public et surtout les responsables de la S.P.A. locale sur :
- la problèmatique et la finalité de l'élevage ; l'importance de la rusticité des animaux (les animaux sauvages n'ont pas d'abris !),
- le bon êtat des animaux en précisant que le système de cotation sanitaire proposé précèdemment a été élaboré par l'équivalent de la S.P.A. en Angleterre et que le respect du seuil 2,5 assure une parfaite santé des animaux.
Plusieurs élevages de plein air intégral utilisant des animaux très rustiques ont déjà été l'objet de plaintes de la S.P.A., dont les inspecteurs sont encore assez peu familiarisés avec ce type d'animaux utilisés.
Un peu de diplomatie, de compréhension de part et d'autre, et, le cas échéant des attestations de vétérinaires expliquant que les animaux incriminés sont en parfaite santé, même si les conditions de vie sont dures, arrangent généralement les choses. Les protecteurs des animaux comprennent assez vite que les protecteurs de la nature protègent eux aussi des animaux, même si ce sont des animaux sauvages.
Typologie des zones humides gérées à des fins de conservation biocénotique
Deux éléments vont influencer le mode de gestion et les critères d'évaluation de ce mode de gestion :
- le type de zone humide concerné,
- l'objectif principal de la protection ; celui-ci étant lui-même dépendant du gestionnaire et de sa formation.
1.3.1. Les différentes zones humides prises en compte
On peut distinguer deux principaux types de zone humide :
- Les Marais littoraux. très influencés par l'homme dans leur partie terrestre, souvent même gagnés sur le milieu marin à la suite d'endiguements. Leur intérêt biologique repose très souvent sur l'avifaune et leur rôle dans la migration de cette dernière (ex: les grands marais de l'ouest français, polders de Hollande).
- Les marais intérieurs, pouvant eux-mêmes être divisés en marais de type alluvionnaire et marais tourbeux (bas marais) dont les caractéristiques hydroédaphiques très différentes vont influencer la mise en place de la gestion (par exemple: l'absence de portance des sols tourbeux peut constituer un élément décisif dans le choix du mode de gestion), pour ces marais intérieurs, l'intérêt biologique repose davantage sur la qualité globale de l'écosystème et son rôle dans l'équilibre biologique régional.
1.3.2. L'objectif principal de la conservation
Dans ce domaine, il convient de mettre à part les espaces à caractère prioritairement - voire exclusivement - ornithologique. Cette priorité est généralement induite par la qualité exceptionnelle de l'avifaune présente face à une qualité moyenne des autres éléments de l'écosystème. C'est par exemple le cas de la plupart des marais littoraux. L'origine et la spécialité du gestionnaire intervient également dans cette orientation, ainsi l'Office National de la Chasse gère-t-il aussi ses marais intérieurs avec un objectif essentiellement ornithologique.
Pour atteindre cet objectif, la gestion doit répondre à deux exigences primordiales:
- un maintien structural de la végétation. Ceci apparaît nettement dans les marais littoraux où le rrilieu doit présenter une structure herbacée basse pour accueillir l'avifaune migratrice inféodée à ces marais. Lorsque la surface du territoire est réduite, les gestionnaires recherchent peu ou pas de diversité structurale.
- un rôle de zone refuge pour l'avifaune. justifié par une pression de chasse régionale importante - en particulier l'ouest et le sud-ouest de la France - ou un contexte agricole intensif rendant les milieux voisins inutilisables par l'avifaune. Cet aspect entraîne la mise en place d'aménagements destinés à multiplier les niches écologiques favorables à l'avifaune aquatique migratrice au point parfois de créer un déséquilibre biocénotique se traduisant par des sureffectifs. Si ces derniers se comprennent dans un contexte régional ou international, ils ne sont pas sans poser quelques problèmes de modification du biotope (excès de fientes par exemple) ou d'épidémies. Le Flevoland connut ainsi une épidémie de botulisme lié au sureffectif qui engendra la mort de 30 000 individus en quelques semaines (1983).
Dans les autres zones humides, divers facteurs écologiques ou biocénotiques inrerviennent conjointement à la recherche d'une avifaune intéressante. L'objectif de gestion revêt plus alors qu'un aspect essentiellement structural, et une attention plus grande est portée à la composition spécifique, notamment floristique, des écosystèmes.
Impacts biocénotiques du pâturage extensif
Il n'est pas de notre propos de donner des méthodes de suivi scientifique de ce type de gestion, ni d'exposer de façon approfondie les résultats obtenus au cours des différentes expériences.
En fait, peu d'expériences ont fait l'objet d'un suivi scientifique précis, axé sur l'impact du pâturage extensif et portant sur une période significative. Parmi les ouvrages pouvant servir de références en ce domaine, nous citerons :
-les travaux de la Réserve Naturelle Volontaire de la Tour du Valar (Camargue) portant sur différents aspects, en particulier éthologique et ornithologique (suivi d'une manade expérimentale de chevaux camargue depuis 1974). Nombreuses publications ; Duncan et al!.
- Méthodes et résultats
- les travaux réalisés sur les bovins Highland et les chevaux camargue de la Réserve des Mannevilles (Marais Vernier) et leurs impacts, notamment botaniques, entomologiques et microbiologiques CE.DE.NA 1982 ; Lecomte Le Neveu 1986 ; méthodes d'études et résultats acquis depuis 1979.
- la mise en place d'un protocole d'étude de suivi botanique du pâturage des Highland Cattle dans les marais de Lavours - Majckrzak 1987.
- les travaux de la Royal Society Protection of Birds sur l'impact du pârurage sur les oiseaux. Notamment "The management of Lowland wet grassland for breeding waders" par Green.
- le suivi de l'expérience de St Georges de Bohon - O.N.C.
Il ressort de l'ensemble de ces travaux trois points fondamentaux :
1. Dans tous les cas, l'outil de gestion "pâturage" possède un impact globalement positif pour l'ensemble des composantes de l'écosystème ; il constitue notamment un puissant élément de diversification biocénotique, lié à une multiplication des structures végétales et des espèces.
2. Cet aspect positif est étroitement dépendant :
- d'une part du caractère extensif du pâturage (l'intensification réduit la diversité floristique et entomologique et représente un danger pour les nids) ;
- d'autre part, de la capacité des herbivores à ne pas multiplier les phénomènes de refus alimentaires, à l'origine de déséquilibres biocénotiques importants. Ce dernier point met en évidence que l'impact du pâturage est étroitement lié il la rusticité des animaux, notamment vis-à-vis des phénomènes d'appétence.
3. Les méthodes d'études utilisées doivent tenir compte de l'hétérogénéité structurale et spécifique du milieu, consécutive au caractère extensif du pâturage.
Les nombreuses expériences mises en place ces derniers temps permettront certainement de compléter les résultats obtenus et d'affiner le mode d'utilisation de cet outil de gestion.
Le tableau donne l'avis de chaque gestionnaire sur la pertinence du pâturage extensif comme outil de gestion par rapport aux objectifs de celle dernière.
Le pâturage extensif comme outil de gestion biologique des zones humides
Les gestionnaires choisissent de plus en plus le pâturage comme outil de gestion, et sont obligés de s'improviser "éleveurs" alors que très peu possèdent une formation les ayant préparés à cette fonction, D'où un certain désarroi, voire une certaine angoisse, devant cette nouveile responsabilité et l'utilité d'acquérir quelques connaissances pratiques en ce domaine. Nous espérons par ce cahier y contribuer.
Nous avons vu que le terme "pâturage" peut regrouper en fait des modes de gestion très différents. Or, il s'avère que pour l'ensemble des gestionnaires utilisant le pâturage, un consensus, au moins de principe, se dégage en faveur du pâturage extensif à l'aide d'animaux rustiques. Ils s'appuient pour celà sur des raisons pratiques et écologiques. Pour les expliciter davantage, nous développerons plus en détail les arguments avancés en faveur de ce type de gestion par les gestionnaires de la Réserve des Mannevilles au Marais Vernier qui furent les premiers en France à l'innover (LECOMTE, LE NEVEU, JAUNEAU 1982, LECOMTE, LE NEVEU 1984, LECOMTE, LE NEVEU 1986) Leur argumentaire en faveur de celle gestion résulte en fait d'une double démarche présentant un aspect pragmatique et une réflexion scientifique fondamentale.
1.4.1 Le pâturage extensif à l'aide d'animaux rustiques
1.4.2 Les arguments pratiques en faveur du pâturage extensif
1.4.3 Les arguments plus fondamentaux, d'ordre biocénotique, en faveur du pâturage extensif
1.4.4 Les problèmes fondamentaux de mise en oeuvre
1.4.1 Le pâturage extensif à l'aide d'animaux rustiques
Nous définirons dans un premier temps le pâturage extensif comme étant:
- d'une par un pâturage de plein air intégral,
- d'aurre par un pâturage dont la pression est suffisamment faible et les animaux suffisamment rustiques pour éviter les apports de fourrages en hiver,
- enfin, un élevage qui nécessite un minimum de soin, notamment en matière de mises bas et de surveillance sanitaire.
1.4.2 Les arguments pratiques en faveur du pâturage extensif
Ils sont simples à comprendre et reposent sur la nécessité de contraintes minimales pour le gestionnaire:
- celui-ci étant rarement de formation ou d'origine agricole, il ne dispose ni des compétences nécessaires pour pratiquer un élevage classique, ni des installations indispensables (étables, granges, ... ) pour effectuer un retrait hivernal des animaux.
- le temps dont il dispose - que se soit dans le cadre de son travail ou de son loisir - est largement insuffisant pour s'occuper de façon assidue du cheptel.
- enfin, la zone humide gérée est généralement isolée el diiflcile d'accès, ce qui limite d'autant les interventions, régulières ou exceptionnelles.
En conséquence, il s'avère donc impossible pour les gestionnaires:
- d'utiliser des animaux trop exigents nécessitant alors, fourrage, soins et surveillance journalière,
- de pratiquer une pression de pâturage forte qui oblige à des manipulations répétées, une surveillance accrue et multiplie les risques d'épidémies.
1.4.3 Les arguments plus fondamentaux, d'ordre biocénotique, en faveur du pâturage extensif
a - Nous avons vu que l'intensification du pâturage conduisait à la banalisation. Par une coupe répétée et un piétinement important, il exerce en effet sur le milieu une pression sélective forte et seules quelques espèces peuvent s'adapter. Du point de vue floristique par exemple, le pâturage intensif favorise les espèces prairiales - agrostides, trèfles, ... - qui appartiennent au "fond prairial" très classique, masquant ainsi les caractéristiques hydroédaphiques du terrain. Inversement, le pâturage extensif va exercer une pression sélective faible sur le milieu et permettre à l'originalité du terrain de s'exprimer en évitant l'élimination des espèces favorisées par ces potentiels mais sensibles au facteur écologique fort que représente la gestion agricole classique. Par aillleurs, le caractère non uniforme du pâturage extensif permet le maintien, sur une même surface, d'espèces animales et végétales des milieux à structure herbacée basse (éliminées par la fauche ou l'abandon) et des milieux à structure herbacée haute (éliminées par le pâturage intensif). Il en résulte une richesse spécifique et une qualité biologique nettement supérieures à celles des prairies entretenues de façon agricole classique et des zones abandonnées. La figure ci-dessous illustre par exemple, l'évolution de la diversité floristique dans le cas d'un pâturage extensif mis en place après un certain temps d'abandon. Les résultats acquis à la Réserve Naturelle des Manneviiles, après 9 ans d'expérience, confirment ces résultats.
b - Les animaux restant sur place toute l'année, et pratiquement sans apport nutritif complémentaire, ce mode de gestion est sans doute celui qui se rapproche le plus du fonctionnement des écosystèmes naturels, avec fermerure des cycles biogéochimiques (sans pour autant l'atteindre complètement). De plus, la matière organique retournant au sol par le biais des fèces des animaux, elle est beaucoup plus facilement recyclable. Celà évite les phénomènes d'eutrophisation évoqués pour la fauche sans exportation du produit, et assure le maintien d'une entomofaune coprophile particulièrement intéressante pour les oiseaux.
c - Les grandes zones humides européennes reconnues comme de véritables "joyaux biologiques" sont gérées depuis longtemps et de façon traditionnelle sur le principe du pâturage extensif avec des espèces rustiques. Nous citerons notamment :
- les marismas d'Andalousie (Réserve de Donana)
- la Camargue
d - Ce mode de gestion permet aux milieux de se rapprocher des écosystèmes primaires et l'installation de grands herbivores constitue davantage une réintroduction qu'une introduction. En s'appuyant sur des arguments d'ordre botanique, palynologique, paléontologique et d'homothétie écologique, Lecomte - Le Neveu (1986) montrent que les écosystèmes naturels au sens strict du terme de l'Europe tempérée étaient - dans les plaines, plateaux
et vallées et à des périodes climatiques comparables à la nôtre- de type semi ouverts, entretenus par des troupeaux d'herbivores sauvages (bovidés et équidés) et non cette "grande forêt primaire" si souvent mentionnée. La figure p.16 illustre cette nouvelle conception du milieu naturel primaire. ou climax - qui prend, par les dynamiques conjointes des populations animales et végétales, un aspect dynamique.
De plus, cette façon de voir :
- permet d'expliquer le pourquoi du grand intérêt des milieux ouverts face aux milieux fermés,
- justifle la nécessité d'une gestion active qui repose alors sur des données écologiques, en mettant en évidence que l'évolution habituellement constatée après l'abandon est certes spontanée, mais pas naturelle puisqu'il manque un maillon fondamental de l'écosystème : les grands herbivores sauvages, disparus à cause de l'homme. Ceci "dédouane" les éventuels gestionnaires qui auraient des scrupules à introduire des animaux domestiques dans un milieu "naturel".
La pression des facteurs du milieu, dont la consommation primaire et ses conséquences, fait évoluer l'écosystème dans des sens opposés déterminant des termes ultimes, l'un plutôt fermé, l'autre plutôt ouvert, qui encadrent un équilibre permanent entre les différentes composantes du milieu : l'ensemble constitue alors le climax.
Nouvelle conception du milieu primaire intégrant les grands carnivores et leur dynamique de population - in Lecomte Le Neveu (1986)
1.4.4 Les problèmes fondamentaux de mise en oeuvre
Le plus gros problème auquel va se heurter le gestionnaire est la recherche d'un compromis réaliste entre deux attitudes extrêmes (voir schéma) :
- la position "tout écologique" où le gestionnaire, considérant ses herbivores à l'égal d'animaux sauvages n'intervient plus sur ses populations dès le lâcher;
- la position "tout agricole" où le gestionnaire conduit son troupeau comme celui d'un éleveur classique.
a - "L'utopie écologique"
Suite à ce qui vient d'être exposé, le plus simple et aussi le plus "naturel", serait de réintroduire les espèces sauvages dans le milieu et de ne jamais intervenir, laissant la sélection et la dynamique naturelles s'effectuer à 100 %. En fait, ce tableau, idéal dans le cadre d'une gestion à des fïns biocénotiques, est totalement irréaliste :
- les animaux sauvages (aurochs, chevaux...) ont disparu (dernier auroch sauvage tué au XVIIè) il faut donc utiliser des animaux très rustiques (races anciennes ou reconstitution des espèces sauvages) dont le potentiel génétique et l'adaptabilité aux conditions difficiles sont nettement supérieurs aux races utilisées aujourd'hui en agriculture mais cependant inférieurs à ceux des animaux sauvages.
- les troupeaux sauvages dans un système naturel, ont à leur disposition de très grandes surfaces, s'étendant sur des milieux diversifïés (secs et humides) dans lesquels ils peuvent migrer à volonté. Aujourd'hui, et surtout en zones humides, les secteurs gérés à des fins biocénotiques sont de petite surface, comprenant généralement des territoires de même nature (milieux humides seulement). il est donc impossible aux animaux d'effectuer des grands déplacements, ils se retrouvent donc confinés dans les "monoterroirs" et souffrent sans doute de cene monotonie, tant sur le plan alimentaire qu'éthologique.
- les grands prédateurs et grands nécrophages ont disparu, la régulation des populations d'herbivores ne pourra donc, en tout état de cause, être "naturelle".
En conséquence, la gestion actuelle par le pâturage extensif ne sera toujours qu'une pâle imitation du système naturel d'origine et l'intervention humaine sera obligatoire. Parce que l'on travaille sur le cheptel, cette inrervention empruntera nécessairement à l'agriculture certaines techniques d'élevage.
b - Les "pièges agncoles"
La nécessité de rapprochement de la "gestion écologique" qui vient d'être évoquée avec des techniques d'élevage, peut, à l'opposé, induire le gestionnaire dans une voie "trop agricole", le transformant davantage en éleveur qu'en gestionnaire de site naturel.
Les éléments qui peuvent ainsi détourner la finalité de la gestion sont essentiellement de trois ordres :
- Un mauvais choix pour l'outil de gestion, soit au niveau de l'espèce, soit à celui de la race. Par exemple, beaucoup de races locales, issues en fait du XIXè siècle sont considérées comme rustiques mais ne présentent pas un pouvoir d'adaptation important aux conditions de vie difficiles. Effectivement, ces animaux sont plus rustiques que la charolaise actuelle, mais ils sont quand même issus d'une sélection assez sévère et faisaient traditionnellement l'objet de soins particuliers. Ils apparaissent donc, dans le contexte du pâturage extensif, incapables de supporter les conditions trop dures et nécessitent des soins importants (compléments alimentaires hivernaux, traitement antiparasitaire, abris, .. ).
- L'incompétence d'origine du gestionnaire en matière d'élevage le rend souvent - et c'esr compréhensible - angoissé devant le moindre problème: la mort d'un veau devient une catascrophe ... il faut savoir qu'en Haute Normandie, pays d'élevage riche s'il en est, 18 % des veaux nés dans les exploitations agricoles n'arrivent pas à terme (données recueillies auprès de la Direction des Services Vétérinaires).
Il est alors, bien sur, à l'écoute des vétérinaires, agriculteurs, voire commerciaux des firmes agroalimentaires. Si elles connaissent parfaitement les problèmes d'élevage intensif et productif, ces personnes, souvent trop "déformées" par leur expérience, ne possèdent pas de ce fait les compétences nécessaires en matière de races très rustiques et de pâturage extensif. Ils préconisent donc, généralement, quelle que soit la race choisie, des traitements préventifs abondants et des compléments alimentaires.
Deux exemples simples peuvent illustrer ce propos :
- Dans le cas d'un élevage extensif, il est normal que les animaux maigrissent l'hiver et reprennent l'été, cet amaigrissement hivernal sera souvent très mal perçu par les agriculteurs voisins.
- De même, la présence de parasites est normale chez tout animal, ce n'est qu'au-delà d'un certain seuil qu'elle devient pathologique. Or, pour beaucoup de vétérinaires actuels, la moindre présence de parasites doit s'accompagner de traitemenrs (ce qui est souvent justifié en intensif).
Ainsi, lorsqu'en 1979 l'expérience du Marais Vernier commença, elle fit l'unanimité des professionnels agricoles, vétérinaires et agronomiques : elle était vouée à l'échec étant donné les conditions de vie hivernale dans le marais. En 1988, les animaux continuent à prospérer et à se reproduire...
- La tentation d'intensification à des fins de rentabilisation. On peut alors parler de détournement de la finalité de la gestion qui, bien souvent. risque de poser de gros problèmes :
• biocénoriques en retombant dans les inconvénients du pâturage intensif,
• économiques, comparables à ceux auquels se heurte la profession agricole.
Il est normal de ne pas négliger l'aspect financier, et nous reviendrons sur ce problème dans la partie suivante.
c - Le compromis réaliste
Entre ces deux attitudes, il faut donc trouver un compromis heureux pour les biocénoses, le gestionnaire et l'outil de gestion.
La nécessité de ce compromis passe par trois points fondamentaux :
- Le choix de races plutôt archaïques que rustiques, c'est-à-dire aux performances d'adaptabilité aux conditions difficiles de vie (fourrage médiocre, humidité, ... ) nettement supérieures à la normale actuelle. Mais, nous le verrons plus loin , ces races sont souvent rares (surtout en France, peu conservatrice), donc difficiles à trouver et relativement chères.
- Un suivi des animaux, certes réduit au minimum nécessaire (l'archaïsme des races le permettra) mais cependant indispensable, puisque les animaux sont généralement retenus dans des milieux globalement homogènes et assez restreints où des carences peuvent se faire sentir, des épidémies ou infestations pathologiques se déclarer.
- La régulation des effectifs. L'espace offert aux animaux étant limité, attendre une régulation "naturelle" des populations, c'est aller au devant de graves ennuis (passage par un stade intensif, mortalité brutale et excessive suite à des épidémies ou des états physiologiques trop déficients, problèmes juridiques, ... ).
La difficulté, surtout pour le "gestionnaire-éleveur" débutant, réside en la détermination des critères permettant de prendre position sur chacun de ces points, savoir prendre conseil.
En conclusion, si le pâturage extensif apparaît aujourd'hui, dans le cas de nombreuses zones humides, comme un mode de gestion biologique intéressant, tant du point de vue pratique que théorique, il n'est pas sans imposer un certain nombre de contraintes:
- investissement lourd en début d'expérience: achat des animaux, des matériaux de clôtures, réalisation de ces dernières,
- surveillance régulière des animaux (pas nécessairement tous les jours),
- suivi sanitaire des animaux et compétence nécessaire pour agir en "cas de coup dur",
Sans toujours pouvoir donner des "recettes", nous allons voir plus en détail chacun des points évoqués dans la partie qui suit.
Aspects économiques et financiers
D'une manière générale, il est difficile, voire illusoire, d'envisager une rentabilité réelle de ce type d'élevage, et il vaut mieux aborder l'aspect financier en parlant de gestion au moindre coût.
Deux points sont à prendre en compte :
- la réduction de l'investissement,
- l'apport par les ventes éventuelles.
2.5.1 La limitation de l'investissement
- Le choix de la race peut être conditionné par l'aspect financier : certaines races reviennent très chèrs à l'achat (Tarpan, Highland Cattle ou Highland Poney importés d'Ecosse) tandis que d'autres sont relativement peu onéreuses (chevaux camargue). De même choisir des animaux nés en France limite d'autant l'investissement de départ.
On peut remarquer que le fait de choisir un animal trop cher (ou trop rare) peut faire hésiter le gestionnaire à prendre le risque de conditions de vie difficiles et orienter la gestion vers un caractère plus agricole. - Le mode de pâturage (plein air intégral, peu ou pas d'apport alimentaire et d'intervention vétérinaire) assure un coût d'entretien très faible. S'écarter de ce type d'élevage, même légèrement, augmente très rapidement les frais de gestion. Cet aspect est à prendre en considération lors du choix de la race et de la prise de décision d'un traitement préventif.
2.5.2 Production et ventes
La nécessité de limiter les effectifs pour garder le caractère extensif du pâturage, de même que de réduire le nombre de mâles, conduit assez rapidement le gestionnaire à se poser le problème des débouchés pour les animaux excédentaires.
Trois types de débouchés sont possibles :
1. La vente en boucherie
A priori, les animaux de race rustique ne présentent pas des caractéristiques performantes, permetant d'assurer une vente facile en boucherie (rendements carcasse et viande faibles, poids et rendement arrière limités). Cependant, il y a possibilité de jouer sur la qualité (saveur, jutosité, tendreté, couleur) liée à la race et au mode d'élevage (100 % biologique, plein air, ... ). Voir en annexe un article sur la filière "viande bovine" et la place des races rustiques dans cette filière ...
Cette qualité de viande offre des possibilités réelles de marché ; ainsi depuis deux ans, des boeufs Highland du Marais Vernier sont vendus très facilement dans deux boucheries du Havre. Le prix de vente aux bouchers est de 20 F le kilo carcasse et ces derniers seraient prêts à "écouler" à eux deux une centaine de boeufs par an ; trouvant que le "plus" qualité compense le "moins" conformation.
Pour le mouton, la vente en boucherie est plus problèmatique :
- il existe déjà des labels de qualité type "agneau du Quercy",
- la forte concurrence de l'étranger rend les débouchés difficiles et actuellemem l'ensemble du secteur ovin connait de gros problèmes de mévente.
De même, la viande de cheval est moins appréciée.
2. La vente de reproducteurs
Nous avons vu qu'il existait 1,4 million d'hectares de zones humides en France, dont, pour la plupart, le devenir agricole est compromis. D'autre part, les problèmes consécutifs à la déprise agricole tendent à faire penser que la nécessité d'une gestion de type pâturage extensif se généralisera à d'autres territoires que les Réserves et assimilés. Il s'ensuit une possibilité de vente des surnuméraires en tant que reproducteurs pour de nouvelles expériences de pârurages en extensif.
L'importance des demandes d'acquisition de bovins Highland enregistrées auprès du CE.DE.NA. (Marais Vernier) pour gérer des terrains privés confirme cette prévision.
3. La vente d'animaux de loisirs
La démocratisation des sports équestres et l'intérêt des éleveurs et clubs pour les animaux moins exigents en soins et nourriture et également moins nerveux, laisse à penser qu'il existe une possibilité intéressante de vente des chevaux ou double-poneys de race rustique en aninnaux de loisirs. Cet argument a contribué au choix de la L.P.O. pour le Highland Poney (Germain et al!.) et celui du CE. DE.NA. pour le cheval de Camargue.
Aspects pédagogiques
Pour les gestionnaires de réserves ou territoires accueillant des visiteurs ou ayant d'une manière ou d'une autre des relations avec le public, l'utilisation d'une gestion avec des animaux de race particulière peut constituer un "plus" tout-à-fait intéressant ; et ce à deux niveaux :
► vis-à-vis de l"'image de marque". l'animal devient un peu la "mascotte" et le "logo" de la Réserve ou de son gestionnaire. A ce titre. le choix d'une race spectaculaire, ou belle, ou originale peut contribuer à une bonne acceptation du projet au niveau régional (Highland Cattle au Marais de Lavours, Highland Poney au Marais d'Yves).
► comme support pédagogique. A la Réserve des Mannevilles, les troupeaux de Highland Cattle et chevaux camargue constituent un outil pédagogique important dans le cadre de visites commentées de la Réserve en même temps qu'un argument publicitaire non négligeable (voir en annexe 5, article sur l'utilisation pédagogique des troupeaux à la Réserve des Manneviiles).









