Définitions

Aten

"La planification de l'interprétation est le processus complet permettant de répondre aux questions à propos de quoi, où, quand et comment faut-il proposer les activités ou les dispositifs destinés à expliquer au public la signification d'un site, d'un monument ou d'un territoire" (O. AlORIOGE - G.B.)

 

Objectifs

Laurent Mignaux

Quelles bonnes raisons avons-nous de vouloir interpréter le site ?

Quel résultat positif en attendons-nous ?

Il y a évidemment un objectif commun à toute démarche d'interprétation : permettre au visiteur de mieux comprendre la signification et la valeur du lieu, tout en ajoutant au plaisir de sa visite.

 

Potentialités du site

Laurent Mignaux

L'étude des potentialités du site est conduite à deux niveaux : celui du "terrain" d'une part et celui des connaissances scientifiques, historiques etc. se rapportant au site d'autre part.

 

Publics

Laurent Mignaux


Cela revient à s'interroger non seulement sur les visiteurs que l'on a, mais aussi sur ceux que l'on pourrait avoir et ceux que l'on voudrait avoir. Les caractéristiques des publics sont des paramètres importants dans la définition d'une stratégie d'accueil et de communication. Elles peuvent influer tant sur le niveau d'interprétation que sur le choix des moyens.

 

Thème

Laurent Mignaux

 

Le thème c'est l'histoire qui peut être racontée à propos du site.

L'expérience acquise depuis des décennies, d'abord en Amérique du Nord puis en Europe, a mis en évidence l'importance de proposer au public un fil conducteur lui permettant de mieux comprendre la signification du site.
Ce fil conducteur peut être un concept ou une métaphore donnant une "image mentale" du site. Le meilleur fil est celui qui permet de raconter une véritable histoire.

Choisir le thème pour l'interprétation d'un site, c'est en quelque sorte répondre à la question "que s'est-il passé ou que se passe t-il ici" ? (dans l'ordre de la nature et/ou de l'histoire humaine).
Les réponses à cette question étant généralement multiples, choisir le thème principal revient à sélectionner l'histoire ou le concept pouvant donner au site, pour le grand public, sa signification la plus forte et la plus universelle.
Toute histoire comporte des développements, tout thème peut se décliner en "sous-thèmes".

Thèmes et sous-thèmes doivent pouvoir s'énoncer en une phrase ou en quelques mots suggérant une image mentale claire.

 

Media

Laurent Mignaux


Le moment est venu de choisir les réalisations et les activités qui seront proposées au visiteur. Elles sont désignées, par commodité, sous le nom générique et un peu vague de média.

Plans d'interprétation de niveau régional

Laurent Mignaux

 

La différence de problématique entre les plans de site et les plans de niveau régional réside dans l'objet même de leur démarche. Dans le premier cas, le site est une donnée et il s'agit d'en exprimer au mieux la signification pour les visiteurs.

Dans le second cas, c'est le choix des sites eux-mêmes qui est l'objet de la démarche. Un plan d'interprétation de niveau régional est donc de nature stratégique : pour de vastes ensembles comme les Parcs Nationaux ou Naturels Régionaux - mais aussi pour les collectivités territoriales - l'étude de plan de niveau régional doit donc logiquement précéder l'étude des plans de site. Elle seule peut en effet assurer que les meilleurs thèmes seront traités aux meilleurs endroits.

D'autres différences distinguent les deux démarches. Elles tiennent en particulier à l'existence d'une population résidente, à la diversité plus grande des publics, au nombre d'acteurs susceptible d'intervenir dans l'étude et dans la mise en oeuvre.

 

Quelques définitions préalables

QU'EST CE QU'UN PLAN D'INTERPRÉTATION ?

La planification de l'interprétation débute par une série d'études et s'achève par un projet présentant de façon plus ou moins détaillée les services ou les réalisations proposés.

Le document écrit consignant les analyses et les propositions d'action est appelé "plan d'interprétation".

En réalité, la démarche est sensiblement différente selon la dimension de l'espace étudié.

Il convient de distinguer schématiquement deux types de plan :

  • Les plans de site - s'appliquant à un espace relativement restreint
  • Les plans de niveau régional - concernant un territoire plus vaste

 

PLAN DE SITE ET PLAN DE NIVEAU RÉGIONAL

L'esprit de la démarche reste le même dans les deux cas, mais le problème posé est différent.

Il est difficile de fixer précisément un seuil de superficie entre les deux types de plan.

L'espace correspondant à un plan de site peut avoir de quelques dizaines à quelques milliers d'hectares ... Il est visitable en un laps de temps assez court (de 1 heure à 1 journée).

Nous proposons d'utiliser l'appellation "plan de niveau régional" lorsqu'il s'agit d'un territoire correspondant à un "pays" ou à un "groupe de pays" au sens que l'on donne à ces mots en géographie rurale. Mais, en fait, rien n'interdit d'utiliser une démarche de plan d'interprétation à une échelle plus large encore, celle du département ou de la région administrative par exemple.
En tout cas il s'agit d'un ensemble géographique vaste comportant généralement une population permanente relevant d'entités politiques et administratives différentes.
Ce territoire peut faire l'objet de flux touristiques distincts les uns des autres.

Dans le cas d'un plan de site, le but recherché est de dégager la signification du site et de proposer les moyens de la communiquer efficacement au visiteur.

Dans le cas d'un plan de niveau régional, il s'agit de dégager les meilleurs thèmes dont le territoire est porteur et de choisir les sites offrant les meilleures possibilités pour les traiter.
Ces sites, dans un second temps, pourront faire l'objet de plans de site détaillés.
Un plan de niveau régional a donc un caractère stratégique.

La bonne démarche pour les Parcs devrait donc consister à étudier d'abord un plan de niveau régional, puis, dans un second temps seulement, des plans de site.
Les réserves naturelles sont essentiellement concernées par les plans de site.

Deux des trois espaces étudiés (Petite Camargue Alsacienne et vallée de la Beune) ont le caractère de "sites" au sens défini supra, alors que le secteur Gorges du Tarn/Gorges de la Jonte/Causse Méjean a demandé une démarche de type "plan de niveau régional".

Sous les titres 1.1, 2.1, 3.1, 4.1, 5.1, 6.1 il sera essentiellement question de la méthodologie des plans de site. Le titre 7.1 à la fin de ce document est consacré aux plans de niveau régional.

SCHÉMA ET PLAN D'INTERPRÉTATION

Dans le cas d'un territoire de "niveau régional", un processus d'étude en deux étapes est donc indispensable. Mais il peut être opportun aussi de procéder en deux temps pour un plan de site, dès que les problèmes posés sont relativement lourds et complexes : d'abord un schéma définissant une conception d'ensemble puis un plan détaillé.

Le schéma permet d'engager la concertation avec les partenaires locaux, régionaux voire même nationaux, notamment les bailleurs de fonds potentiel, en vue d'aboutir à un premier consensus, pour éviter de se lancer dans l'étude du plan détaillé, qui peut exiger des crédits d'étude importants et absorbera de toute façon du temps.

L'opportunité de cette double démarche est fonction du contexte : l'existence de plusieurs martres d'ouvrage ou bailleurs de fonds potentiels, le poids des investissements en jeu, l'importance des flux de visiteurs...

RESSOURCES-SUJETS-THÈMES

Toute discipline a besoin d'un vocabulaire spécialisé. Dans le cas de l'interprétation il reste, heureusement, limité. Il convient cependant de définir le sens que nous donnons à quatre mots clés: les ressources et le potentiel d'un site, les sujets et les thèmes d'interprétation.

LES RESSOURCES

Nous appelons ccressources du site» les constituants et les caractéristiques physiques qui présentent un intérêt comme support pour l'interprétation qu'Ils soient naturels (une roselière, une tourbière, une résurgence, etc ... ) historiques (des vestiges archéologiques, un château, etc ... ) ou mixte (des terrasses de culture, un type de paysage, etc ... )

Nous comptons aussi au nombre des ressources des documents ou du matériel se rapportant au site, bien que pouvant être dispersés, tels que tableaux de maître, gravures, machineries, collections archéologiques, archives sonores, etc ...

LE POTENTIEL DU SITE

Des événements historiques s'étant déroulés sur place, des personnalités marquantes y ayant vécu, des phénomènes divers le concernant, même s'ils ne laissent pas ou n'ont pas laissé de traces matérielles contribuent à l'intérêt de l'interprétation du site.
Ces faits "immatériels" ajoutés aux ressources matérielles proprement dites déterminent le potentiel d'interprétation du site.

LES SUJETS

Ce sont des catégories scientifiques ou intellectuelles commodes, utilisables pour la plupart des sites, la géologie, l'écologie végétale ou animale, l'architecture, la préhistoire, etc ...
Si l'espace à étudier comporte par exemple beaucoup de ressources constituées par des reliefs, des roches, des fossiles, etc ... nous dirons que la géologie est un sujet important pour ce site.

LE THÈME

Un thème c'est l'intitulé de l'histoire qui va être développée à propos de tout ou partie du potentiel d'interprétation du site. Les thèmes sont donc spécifiques et explicites alors que les sujets tels que définis ci-dessus, sont généraux et peu évocateurs.

Un thème s'énonce en une phrase exprimant une idée ou en une image contenant pour ainsi dire en elle la substance de l'histoire.

Des exemples l'illustreront au chapitre "Thèmes"

 

Préciser ses objectifs


Cet objectif, inhérent au concept même d'interprétation, est évidemment particulièrement important pour des sites gérés par des services publics ayant une mission pédagogique statutaire (comme c'est le cas des Parcs Nationaux ou des Réserves naturelles par ex).

Mais ce n'est pas le seul résultat que l'on peut attendre de la réalisation d'un programme d'interprétation.
Dans de nombreux cas il peut servir aussi des objectifs d'aménagement et de gestion tels que :

  • obtenir la coopération du public pour le respect de certaines mesures de protection ou sa bienveillante compréhension pour certains aménagements
  • modifier la distribution du public dans l'espace en créant des "diversions" (pour l'attirer vers un secteur particulier ou au contraire pour favoriser une plus grande dispersion)
  • modifier l'étalement de la fréquentation dans le temps (par exemple en créant des "événements" en dehors de la haute saison).
  • donner des possibilités d'auto-financement, les services fournis justifiant la perception de recettes propres (vente de brochures, participation aux visites guidées, droitd'entrée ... )

Pour certains maîtres d'ouvrage, l'objectif premier peut être la recherche de notoriété et "d'image de marque".

Il est indispensable d'expliciter ces objectifs en début d'étude et de les classer dans l'ordre de leur importance relative.

Les objectifs sont fonction de la mission et de la politique du ou des commanditaires de l'étude, des contraintes du gestionnaire (financières, en personneL .. ) mais aussi des problèmes d'aménagement, de protection et de gestion du site lui-même. Il faut donc avoir analysé préalablement ces données pour pouvoir fixer valablement les objectifs.

Un plan de niveau régional peut comporter des objectifs socio-économiques plus larges comme indiqué en 7.1.

 

Etudier les potentialités du site


C'est en croisant ces deux niveaux que l'on pourra définir ultérieurement la thématique du site. Les ressources du site ne peuvent s'évaluer qu'à la lumière des connaissances le concernant.

3.1.1 Analyse des connaissances relatives au site

3.1.2 Analyser les ressources du terrain

Il convient de se doter au préalable d'une grille de sujets. Elle servira à la fois de "pense-bête", pour éviter les oublis et de système de classement des informations qui seront réunis.
La liste des sujets peut être variable d'un site à l'autre, en fonction de leur particularité.

A titre simplement indicatif, voici des rubriques qui peuvent servir dans une majorité de cas :

Sciences naturelles :- Géologie - Hydrogéologie
- Géomorphologie
- Flore - Faune - Ecologie
Histoire :- Archéologie - occupation humaine au temps préhistorique et antique
Paysage rural et vie économique :- Exploitation agricole du sol hier et aujourd'hui
- autres modes d'exploitation - forêts - pêche - industrie mines, etc ...
Culture :Architecture
Contes et légendes / références littéraires
Traditions et coutumes

 

3.1.1 Analyse des connaissances relatives au site

Pour l'étude des plans d'interprétation on procède à une recherche du deuxième degré, c'est à dire à partir d'études publiées, de livres ou d'interview de spécialistes. C'est évidemment plus facile si un groupe de travail pluridisciplinaire peut-être réuni.

Dans certains cas, il peut être fructueux de la compléter ultérieurement par une recherche du premier degré (c'est à dire effectuée à partir d'archives et de témoignages pour les sciences humaines ; de travaux sur le terrain ou en laboratoire pour les sciences naturelles).

Dans cette recherche du deuxième degré il convient de "balayer large".


AU PLAN GÉOGRAPHIQUE

Bien des caractères du site ne peuvent se comprendre qu'en se référant à un cadre géographique plus large.

Dans le cas de la Petite Camargue Alsacienne il fallait étudier l'histoire du Rhin et de ses aménagements successifs, pour pouvoir comprendre l'identité et les problèmes actuels du site.

Le cadre de référence peut être plus ou moins vaste. Le niveau régional est souvent pertinent, mais, le concept de "région" en France est à géométrie variable.

La "région naturelle" a été définie par les géographes français de la fin du XIXe siècle comme un territoire offrant un ensemble de caractéristiques paysagères homogènes, sans variations extrêmes.

Les régions naturelles sont parfois évidentes à appréhender (par exemple "les Causses" ou "les landes") malgré d'importantes variations locales. Mais c'est loin d'être toujours le cas.

Il y a aussi les réglons historiques (les anciennes provinces ou partie de ces provinces).

Or elles coïncident rarement avec les régions naturelles.

Souvent, enfin, la référence au "Pays" s'impose aussi. L'identité de ces micro-régions, typiquement françaises, repose sur un mélange subtil de facteurs naturels et historiques, économiques et culturels qui se reflètent encore dans les paysages et dans l'architecture vernaculaire.

Le cadre régional à prendre en compte pour comprendre la signification du site doit donc être défini au cas par cas. C'est affaire de discernement et de bon sens.

AU PLAN THÉMATIQUE

Pour mettre correctement "en perspective" certains aspects d'un site, il convient fréquemment d'élargir la recherche à un périmètre beaucoup plus large que la région.

Pour pouvoir évaluer la signification de l'ancienne pisciculture de Huningue, une vue d'ensemble sur l'histoire de la biologie et de l'action de l'homme sur la matière vivante était indispensable.

Synthèse, mise en forme et validation des résultats de la recherche

Pour chacun des "sujets" une note de synthèse brève (1 à 4 pages) avec les références bibliographiques, sera utilement rédigée.

Ces notes constitueront le dossier de référence pour ceux qui auront, ultérieurement, à modifier ou à développer le programme d'interprétation.

De plus, elles pourront être présentées à un spécialiste pour validation.

Ceci est tout à fait nécessaire lorsque la fiabilité de la documentation utilisée n'est pas assurée, (ce qui est souvent le cas, en particulier pour les monographies locales).

L'expérience montre qu'il n'est pas toujours facile d'obtenir d'un spécialiste une note de synthèse explicite signée de lui ; il est plus aisé de recueillir son avis sur une note rédigée par un non spécialiste.

3.1.2 Analyser les ressources du terrain

Le mot "ressources" est utilisé dans le sens défini en 1.1.
Il s'agit des constituants matériels du site qui peuvent présenter un intérêt pour son interprétation auprès des visiteurs.
Elles se rapportent à l'un ou éventuellement à plusieurs sujets de la grille d'étude.
Il est hors de question de dresser une "check-list" des ressources potentielles. Il est également tout à fait impossible de fixer des normes concernant l'échelle ou la taille des ressources. Une grande roselière, est en elle-même une ressource. Mais le rare et minuscule rat des moissons qui suspend son nid aux roseaux en constitue une aussi. C'est la signification et l'intérêt de l'élément considéré qui est à prendre en compte plus que sa dimension.

Une ressource risque parfois d'en cacher une autre. Par exemple une roselière peut étre dans un bras mort qui constitue en lui-méme une ressource, en tant que vestige du fleuve ancien, ou bien dans d'anciens étangs de pisciculture qui témoignent de tout autre chose. Dans la Petite Camargue alsacienne, sur un site de superficie restreinte ces deux cas de roselière se rencontrent.

Le report des données sur cartes est utile lorsque la dimension du site le justifie.
On peut utiliser des couleurs et des symboles différents selon les sujets (flore et végétation, faune, phénomènes géologiques, préhistoire, etc ... ).
La carte (ou mieux même, la superposition de cartes transparentes) peut faire apparaître des groupements intéressants pouvant suggérer des idées d'un thème particulier si vous découvrez des relations entre les divers éléments d'un même groupement.

La même carte portera d'autres indications, telles que les sentiers ouverts au public, les aires de stationnement ou les bâtiments existants de même que les contraintes particulières (secteur devant être maintenu à l'écart de toute fréquentation, etc ... )

3.1.2.1 Faut-il subdiviser le site ?

Diviser le site en plusieurs parties ou "unités" de base peut faciliter l'étude du potentiel d'interprétation et la recherche thématique.

Les interrelations entre les unités seraient en effet recherchées et la thématique du site construite à partir des thèmes définis d'abord au niveau de chaque unité.

Ce peut être le cas, par exemple, si le site est constitué d'unités écologiques et paysagères facilement identifiables tels que dunes, marais, landes ... ou encore s'il comprend des aménagements d'origine humaine correspondants à un projet particulier (par ex. les bâtiments et installations de l'ancienne pisciculture de Huningue, le castrum médiéval de Commarque).

Mais cette façon d'opérer ne peut pas être systématisé.

Elle n'est féconde que si les unités sur laquelle on travaille sont conformes à la notion de "système" au sens donné à ce mot par "l'approche systémique".

Dans de nombreux cas, une telle condition ne peut pas être remplie. Travailler à partir d'unités artificielles ou non pertinentes risque alors d'égarer tout en compliquant la démarche.

3.1.2.2 Sélectionner et hiérarchiser les ressources

Il s'agit maintenant d'établir une hiérarchie entre les ressources, car la capacité d'attention et le temps de visite du grand public étant limité, il est généralement impossible de se référer à la totalité du potentiel. Certaines peuvent n'être mises à profit que que pour des publics ou pour des programmes particuliers).

Sur quels critères peut-on effectuer cette sélection ?

a) L'Intérêt d'une ressource s'apprécie tout d'abord en fonction de l'Importance du phénomène ou de l'événement qu'elle évoque

En bordure de la réserve naturelle de la Petite Camargue Alsacienne s'élève un talus d'une vingtaine de mètres, peu spectaculaire. Il s'agit pourtant d'une ressource importante car il est est la marque du dernier niveau de creusement de la vallée du Rhin à la fin de l'époque glaciaire. Il renvoie à toute l'histoire du fleuve dont la connaissance est indispensable pour comprendre le site. Le fond de la vallée de la Beune, en Périgord, est comblé par la tourbe sur 17 mètres d'épaisseur. L 'intérét de ce sol ne tient pas à la végétation particulière des tourbières, mais au fait que les analyses des pollens fossiles effectuées à la suite d'un sondage permettent de connaÎtre l'évolution de la végétation sur une séquence de plus de 10000 ans. Or à quelques centaines de mètres du fond de la vallée, se trouve un abri sous roche qui contenait lui. la stratigraphie la plus complète de la préhistoire en Périgord. Ces deux faits, et leur rapprochement. constituent évidemment des ressources de première grandeur pour l'interprétation de cette vallée.

Le caractère exceptionnel d'une ressource est un facteur incontestable d'intérêt, même s'II ne doit évidemment pas constituer le critère exclusif.
Ce caractère peut provenir soit de la rareté de la ressource (une espèce animale, une association végétale, un exemplaire d'architecture rare au niveau régional - ou national. .. ) soit de sa représentativité. (une ferme parfaitement représentative de l'architecture rurale locale, une flore comprenant toutes les espèces présentes dans la région, etc ... ).
Dans les réserves naturelles dotées d'un plan de gestion, l'évaluation de la valeur patrimoniale, si elle a été correctement effectuée, peut aussi servir de base pour le plan d'interprétation.

b) L'Intérêt d'une ressource s'apprécie aussi en la considérant avec les yeux des visiteurs

Deux critères importants nous paraissent devoir être soulignés :

la lisibilité : considérer les ressources avec les yeux du public, c'est d'abord s'interroger sur leur lisibilité (visibilité ou facilité de perception à cause de l'odeur, du bruit...). Lorsque la lisibilité des ressources ou d'une partie des ressources estfaible, certaines techniques d'interprétation, telles que les visites guidées ou les sentiers d'interprétation sont inadaptées.

l'attrait : notion forcément subjective et plus difficile à définir mais en fait agissant fortement sur la motivation des visiteurs. L'attrait peut venir de la qualité esthétique. (Les orchidées intéressent plus le public que de simples graminées), de la valeur symbolique, du caractère insolite ou familier ...

Dans le grand marais de la Petite Camargue Alsacienne paissent des boeufs d'Ecosse (Highland Cattle). Leur présence est intéressante car ils sont là comme moyen de lutte contre l'assèchement du marais en prélevant la biomasse végétale qui tend à le combler. Ils renvoient à un problème très important pour cette réserve naturelle. Mais ces boeufs sont aussi des animaux sympathiques et d'un aspect insolite. Une bonne ressource pour l'interprétation par conséquent.

Cela ne siginifie pas que l'on doive interpréter seulement les ressources attractives mais l'on peut s'en servir comme "points d'appui privilégiés ".

c) Limites des méthodologies faisant Intervenir les données quantitatives

Dans les espaces naturels protégés d'Amérique du nord, on a recours parfois à des matrices à données quantitatives pour l'analyse et la sélection des ressources d'interprétation faisant intervenir un grand nombre de critères, chiffrés et affectés de coefficients de pondération. (1)

A notre avis, la fiabilité de ces modèles est inversement proportionnelle à leur sophistication.

Quand on additionne des données de nature tout à fait différentes, les résultats obtenus n'ont pas grande signification.

Dans la plupart des cas les inconvénients de l'usage de ces matrices (lourdeur, rigidité) l'emporteront largement sur l'aide qu'elles peuvent apporter (même en Amérique du Nord leur usage reste exceptionnel).

Le principal intérêt des évaluations chiffrées est à notre avis d'obliger les auteurs du plan à considérer de plus près certaines données (par exemple la lisibilité ou l'attractivité des ressources pour le public). Mais il faut en user avec économie, à partir de trois ou quatre critères simples et sans illusion sur l'utilité des résultats obtenus sur la base d'opérations arithmétiques.

Analyse du potentiel

Exemple de grille simple utilisable pour les espaces naturels


Dans la plupart des cas, les ressources peuvent être simplement hiérarchisées, sur la base d'appréciation non chiffrées, en deux ou trois niveaux d'intérêt qui, lorsque l'importance du potentielle justifie, peuvent être qualifiés de régional, national et international.

Ainsi les différents milieux naturels de la Petite Camargue Alsacienne sontd'intérêt régional alors que les installations de l'ancienne pisciculture de Huningue qui s'y trouvent inclus présentent un intérét de niveau international (en raison de leur signification dans l'histoire des biotechnologies).

 

 

Connaître ses publics


Les paramètres suivants sont particulièrement importants à prendre en considération :

La provenance : national/international - local/national. Ces données peuvent Influencer sur le choix de la thématique ou la nécessité d'un programme en plusieurs langues mais le paramètre le plus important est celui de la proportion des visiteurs de proximité dans le public total. Pour un site ou un espace naturel voué essentiellement à une fréquentation de proximité, les médias fixes et rigides, tels que les expositions permanentes importantes, sont fortement à déconseiller car ils découragent les visites répétées.

L'étalement dans le temps : dans l'année, dans le mois et dans la semaine. La représentation de cet étalement sous forme de diagramme est utile. La stratégie et les moyens techniques utilisés doivent aussi tenir compte des caractéristiques de ce diagramme.

La "structure" des publics : déterminée principalement par la proportion respective de trois composantes : public familial/ groupes adultes / groupes scolaires.
L'importance des visites de groupes (souvent calibrés sur la contenance d'un car) est un paramètre primordial. En effet, certains médias sont inadaptés à ce type de visite et d'autres doivent être conçus ou aménagés en conséquence (audiovisuel, expositions...)

Le temps passé sur le site : variable selon les visiteurs - c'est en partie une conséquence des paramètres cités ci-dessus mais c'est aussi fonction de l'environnement géographique du site, de la compétition avec d'autres propositions de loisirs, etc ...

Il faut s'interroger aussi sur le temps pendant lequel on souhaiterait retenir les visiteurs en fonction des contraintes diverses du site et du gestionnaire.

Les caractéristiques culturelles : pour situer le niveau auquel l'interprétation devra s'établir et éventuellement concevoir un programme à plusieurs niveaux.

La motivation : le publie vient-il, en majorité, par curiosité pour le site, (ou pour certains aspects du site) ou pour un autre motif, tel que la pratique d'une activité (randonnée, canoë-kayak, escalade, l'observation des oiseaux ... ) ou le besoin de détente dans un cadre agréable ...
La prise en compte de "la motivation principale" est un critère important pour la définition des groupes de "public cible" dans les études de plan d'interprétation de niveau régional.
Mais même sur des sites ponctuels, les visiteurs peuvent obéir à des motivations différentes qui doivent être prises en compte afin d'ajuster les propositions, aux attentes et aux besoins.
Au delà des motivations actuelles, peuvent être considérées également les "motivations potentielles" qui pourraient être développées, grâce à des aménagements ou à des services adaptés.

A partir de l'analyse des caractéristiques de la fréquentation, il est possible de déterminer quelques catégories-cibles.

Dans l'élaboration du programme on s'efforcera de prévoir des propositions correspondant, autant que possible, aux besoins spécifique de chacune de ces catégories.

Dans le cas de la Petite Camargue Alsacienne, il était pertinent de distinguer les catégories suivantes :

  • le public familial local
  • le public familial régional
  • les groupes d'adultes
  • les groupes scolaires
  • certains publics particuliers: notamment les «amateurs d'observation de la nature» (des oiseaux principalement)

Ces quatre derniers groupes comportant une bonne proportion d'usagers de langue allemande.

Enfin, dans le cas de la Vallée de la Beune, on a simplement identifié les trois grandes catégories suivantes :

  • le public familial périgourdin
  • les groupes d'enfants
  • le public touristique saisonnier - qui est le même que celui des sites préhistoriques de Dordogne avec une bonne proportion de visiteurs en car et d'usagers de langue anglaise.

 

Le thème


Mieux que des définitions théoriques forcément approximatives quelques exemples aideront à comprendre la notion de "thème" qui est fondamentale dans une démarche d'interprétation.

Quelsques exemples

A la recherche du thème

1.5.1 Quelsques exemples

Nous donnons ci-après, en résumé, les canevas thématiques retenus dans les trois études expérimentales précitées. (1)

Petite Camargue alsacienne

Deux thèmes distincts ont été retenus l'un pour la réserve naturelle, l'autre pour l'ancienne pisciculture de Huningue qui y est contigüe.

- "La Petite Camargue alsacienne mosaïque naturelle façonnée par le Rhin"

Les quatre sous-thèmes principaux étant :

  • comment le fleuve a façonné autrefois les éléments constitutifs de la Petite Camargue Alsacienne et les modifiait sans cesse au gré de ses crues,
  • la lutte de l'homme avec le Rhin ou l'histoire d'un engrenage qui a conduit à la canalisation pure et simple du fleuve,
  • la diversité des formes de vie en Petite Camargue Alsacienne,
  • l'homme doit aujourd'hui en partie jouer le rôle du fleuve ancien s'il veut conserver cette diversité (problématique de la gestion actuelle de la réserve naturelle).

- "Ici pour la première fois l'homme est intervenu dans le processus de reproduction des êtres vIvants"

L'ancienne pisciculture de Huningue esten effet la première entreprise ayant pratiqué la fécondation artificielle des poissons ce qui constitue une première dans l'intervention de l'homme sur ra vie animale. D'une certaine façon c'est aussi la première entreprise de "Biotechnologie".

Ainsi ce thème a une portée mondiale alors que celle du thème retenu pour les espaces naturels de la P.C.A. est simplement régionale.

Le thème relie les quatre principaux sous-thèmes suivants :

  • l'histoire de la découverte du procédé de fécondation artificielle des truites par un pêcheur vosgien au début du 19ème siècle,
  • l'histoire de l'intervention humaine sur la matière vivante (ce qui va de la sélection des espèces et des races aux biotechnologies d'aujourd'hui),
  • principes d'aménagement et de fonctionnement de la pisciculture de Huningue au 19ème siècle et son rayonnement mondial,
  • le repeuplement des fleuves et des rivières en France au 19ème siècle, première intervention de l'homme pour assister une nature en danger par son fait.

Vallée de la Beune

Petite vallée d'un affluent de la Vezère en Dordogne riches en sites préhistoriques (grottes ornées de bas relief et de gravures) et en sites médiévaux.

- "Remontons les millénaires dans la vallée de la Beune"

  • Sur les traces des premiers sculpteurs : la vallée de la Beune est la vallée de la sculpture préhistorique en Périgord. (Bas reliefs de Cap Blanc, Venus de Laussel, gravures de Comarque et de la Grèze)
  • Les archives des paysages disparus. Les pollens fossiles dans le sol des vallées et sur les parois des grottes gardent en mémoire la succession des paysages
  • naissance - vie et mort d'un Castrum médiéval (Comarque)
  • une utilisation millénaire du rocher: l'abri sous roche, habitats toglodytiques, utilisation défensive des falaises

Causses et Gorges du Tarn/ et de la Jonte

- "Deux mondes, un pays"

Ce thème exprime à la fois les contrastes, et quelques fois les oppositions entre le Causse et les Vallées et leur complémentarité profonde.
Ci-dessous un tableau montrant comment les principaux thèmes mis en avant peuvent se relier à ce thème central.

Mise en relation des thèmes partiels avec le thème central


Quelques observations sur les exemples précédents

Dans le cas de la Petite Camargue Alsacienne, l'un des thèmes est effectivement fondé sur la mise en évidence d'un système d'interrelations: entre des éléments naturels entre eux et entre des éléments et l'action de l'homme (par Rhin interposé) d'autre part.
Il en est de même pour les Causses/Gorges du Tarn et de la Jonte ccDeux mondes, un pays".

Pour l'ancienne pisciculture de Huningue le thème prend sa source dans un événement exceptionnel : la mise en oeuvre pour la première fois au monde de la fécondation artificielle du poisson. Celui de la vallée de la Beune est de même nature; il repose sur l'existence, sur une superficie très restreinte, d'empreintes humaines de formes très diverses et sur une échelle de temps extraordinairement longue.

Dans les deux derniers cas, les thèmes sont fondés sur un fait tout à fait particulier au site.

Mais dans tous les cas, ces thèmes visent à donner au site sa signification la plus forte en révélant une réalité qui n'est pas apparente de prime abord au visiteur.
Sans prétendre avoir valeur de norme, ces constatations peuvent sans doute aider, dans de nombreux cas à la découverte de thèmes pertinents.
La découverte et l'expression des thèmes est une étape cruciale dans la démarche d'interprétation.

1.5.2 A la recherche du thème

Trouver un thème porteur et juste est une création qui fait appel à l'esprit de synthèse et à l'imagination.
Il n'y a pas à vrai dire de ccrecettes» pour y parvenir.

Si l'élaboration thématique intervient logiquement après la sélection du potentiel, il serait cependant simpliste de considérer la démarche comme rigoureusement linéaire. Il peut y avoir, bien entendu, des allers et retours féconds entre les deux phases.

1) "Décloisonner"

Dans la phase d'étude du potentiel d'interprétation (Titre 3.1) les informations ont été classées par sujets, c'est à dire selon le découpage scolaire ou académique habituel.
Or nous venons de voir que les thèmes d'interprétation reposent, dans de nombreux cas, sur une mise en évidence d'interrelations cachées.

Pour les identifier il faut donc, en quelques sortes, faire tomber les cloisons séparant ces sujets, les considérer selon des angles de vues nouveaux et rechercher les interrelations pouvant exister entre des faits classés dans les rubriques différentes.
Pour faciliter ce décloisonnement il est particulièrement utile d'avoir présent à l'esprit la double approche proposée par G.H. Rivière pour la démarche écomuseographique.

Approche synchronique ou spatiale : relations entre les divers éléments d'un site à une époque donnée (aujourd'hui par exemple) et/ou relations du site avec son environnement plus ou moins large.

Approche diachronique ou temporelle : évolution du site et de son environnement dans le temps.

Les interrelations peuvent être "conceptuelles" ou du second degré ; mais elles peuvent être aussi du premier degré, par exemple un personnage dont la vie permet de faire le lien entre divers sujets ou divers lieux. Le recours à la fiction (un personnage inventé par exemple) peut être aussi dans certains cas un détour judicieux.

Si l'on ne parvient pas à trouver un thème central satisfaisant, mieux vaut renoncer à avoir un fil conducteur et s'en tenir à un petit nombre de thèmes distincts bien choisis.

2) Faut-il chercher d'abord le thème ou les sous-thèmes ?

Faut-il aller du particulier au général : poser d'abord des thèmes partiels, puis en cherchant ce qui peut leur être commun, trouver le fil conducteur ? ou bien faut-il suivre la démarche inverse : découvrir en premier l'idée du thème central puis la décliner en sous-thèmes, ce qui permet d'ailleurs d'en vérifier le bien fondé ?
A vrai dire, il ne peut pas y avoir de règle en la matière. C'est fonction des cas et de la forme d'esprit de chacun (plutôt intuitif ou plutôt déductif).

3) Chercher les thèmes au niveau des «unités» ou au niveau du site entier ?

Si l'on a divisé le site en "unités" (cf.: 3.1.2.1) un thème peut être cherché d'abord au niveau de chaque unité (donc sur une base spatiale) puis le thème fédérateur sera défini en cherchant ce qui peut faire pont entre ces divers thèmes partiels.

Cette démarche, cependant ne doit pas être systématisée (voir 3.1.2.1). Aussi est-ce au niveau du site entier qu'il conviendra, le plus souvent, de rechercher le thème central.

D'un point de vue formel, il est utile de rédiger une série de brèves notes explicitant et développant chaque sous-thème ; ces notes formeront un cadre thématique de référence pour tous les intervenants présents et à venir.

 

Le choix des Media


Il convient donc de préciser le sens donné ici à ce mot. Vouloir présenter une sorte de mode d'emploi de ces média serait vain, compte tenu de la diversité presque infinie des contraintes propres à chaque site et à chaque gestionnaire, qui affecteront en pratique les choix. Mais les principaux critères à prendre en compte dans ce choix seront présentés en les considérant successivement du point de vue du public, de l'organisateur et de la nature des messages. Enfin, la combinaison des média en un programme cohérent sera évoquée.

Quel sens donner au mot "Média" ?

Quelques critères de choix à prendre en compte

Des média au programme


6.1.1 Quel sens donner au mot "Média" ?

Ce mot peut évoquer d'abord des techniques matérielles : l'audiovisuel, le son, les dispositifs graphiques sur le terrain, la communication orale, etc ... chacune de ces techniques ayant des potentialités mais aussi des limites et des inconvénients.

La plupart de ces techniques génériques recouvrent d'ailleurs en fait toute une gamme de procédés différents correspondant à des possibilités d'utilisation diverses. Ainsi, en matière d'audiovisuel, pour les diapositives : projection simple, en fondu enchaîné, sur plusieurs écrans, avec ou sans bande son, par cassette vidéo, en rétroprojection et pour les films: projection sur grand ou petit écran, films vidéo et dans les deux cas, usage possible d'images réelles ou de dessins animés.

Il n'est pas dans l'objet de ce guide de procéder a une analyse détaillée de ces techniques et de leur utilisation.

Le vocable "Media" peut désigner aussi des réalisations (ou si l'on préfère des "produits", "des oeuvres").

Il s'agit dans ce cas de dessins, de films, d'expositions, de maquettes, de visites guidées etc ... c'est dans ce sens que nous utilisons ici principalement ce concept de "média".

Si nous considérons des réalisations, il est évident que la créativité et le talent des concepteurs réalisateurs deviennent des paramètres déterminants. Toutefois, le talent peut être mal utilisé si l'on n'a pas choisi par ailleurs une technique appropriée.

La philosophie et les principes de base devant inspirer le travail d'interprétation selon Freeman Tilden ont été présentés dans une autre publication de l'Atelier Technique (1).

Il n'y a pas lieu d'y revenir ici.

Rappelons simplement qu'au delà des considérations techniques, l'interprétation est avant tout un état d'esprit.

Certains média sont en fait composites

C'est le cas par excellence des expositions qui font généralement appel à toute une gamme de techniques et de produits (graphiques, audiovisuels, maquettes, etc ... ) ce qui n'exclut pas qu'une unité de style doit être recherchée.

La spécificité de l'exposition c'est de mettre le public en présence d'objets, d'artefacts ou de documents qu'il ne pourrait pas rencontrer autrement.

Nous disposons en français d'un seul mot, là où les anglosaxons en utilisent deux : "exhibit" et "exhibition".

Un "exhibit" peut être une vitrine ou une maquette dans une exposition, mais il désigne aussi, le plus souvent, une vitrine, une maquette ou un autre dispositif utilisé isolément dans un local d'accueil ou en plein air. C'est l'unité de base d'un mode d'expression particulier. Aux Etats-Unis, les tables d'interprétation en plein air sont même appelées "Wayside" ou "Outside exhibits" (les "exhibits" des bords de route ou de plein air). Dans ce cas, au lieu d'un objet ou d'une maquette c'est en somme le paysage ou un élément du paysage qui est "exposé". La table d'interprétation est conçue comme le panneau explicatif d'une vitrine ou d'une maquette c'est-à-dire en relation directe avec ce qui est montré.

Principaux media de l'interprétation

6.1.2 Quelques critères de choix à prendre en compte

Un bon principe veut, qu'avant de choisir, on garde présent à l'esprit la panoplie des moyens d'expression possible.

Autrement dit, l'erreur serait de fixer a priori sa pensée sur une solution : par exemple poser des panneaux d'interprétation sur un site ou monter une exposition. Il se peut que les données du problème soient d'une rigidité telle que la solution apparaisse vite dans toute simplicité (on ne peut envisager qu'un circuit d'interprétation ou que des visites guidées par exemple) mais, dans la plupart des cas, la gamme des solutions, méritant un examen est large. Il y a rarement une seule option envisageable.

Les aptitudes des différents média peuvent être appréciés à partir des critères se rapportant plus particulièrement au public, à l'organisateur ou à leurs aptitudes techniques elles-mêmes.

1) Eu égard au public

Disponibilité : certains médias peuvent être utilisés par les visiteurs à tout moment et à leur guise (panneaux "in situ", dépliants ou brochure).
D'autres sont assortis de contrainte d'horaires (causeries, visites guidées, expositions, audiovisuel...)

Adaptation à l'accueil de groupe

L'aptitude du média a être utilisé au même moment par un nombre plus ou moins grand de visiteurs.

Cette considération est importante pour les sites qui reçoivent fréquemment des visites de groupes (correspondant par exemple à la capacité d'un autocar) ou qui connaissent des ccpointes» de fréquentation importantes. Le plus souvent il est possible d'adapter les média de façon à pouvoir répondre à cette contrainte, et éviter ainsi leur non utilisation par la majorité du public.

Des dispositifs pertinents, peuvent permettre aussi "d'étirer" ou de «fractionner» les groupes.

Il est toujours utile de s'interroger sur la capacité optimale d'un média.

Certains média, tels que les visites guidées, les films et diaporamas sont particulièrement bien adaptés à une fréquentation par des groupes.

Flexibilité

Lorsqu'un site reçoit des visiteurs revenant fréquemment (ou lorsqu'une fidélisation du public est recherchée), Il est important de pouvoir renouveller périodiquement tout ou partie du programme. Certains media se prêtent plus facilement à ce renouvellement que d'autres.

Aptitude à perrmettre un contact direct avec le site et avec la ressource

Toutes les évaluations montrent que le contact direct avec le site est irremplaçable; les visiteurs veulent se trouver à l'endroit même où l'événement s'est produit, voir de leurs propres yeux, éprouver par eux-même ...
Visites guidées et circuits d'interprétation sont des moyens privilégiés pour permettre ce contact.

Aptitude à la participation

Toutes les évaluations montrent que la latitude laissée au visiteur de devenir acteur, d'une manière ou d'une autre, dans le programme d'Interprétation augmente sa réceptivité.
Tous les moyens de communication personnelle, s'ils sont bien conçus (causeries, visites guidées, animations diverses ... ) permettent au public de participer. Ils permettent aussi d'utiliser la dynamique de groupes.
Mais, de façon élémentaire ou très sophistiquée, de nombreux autres média peuvent être conçus de manière à faire appel à la participation des visiteurs (exposition - produits informatiques - jeux ... )

Valeur de souvenir

Beaucoup de visiteurs aiment emporter un souvenir de leur visite.
Les publications répondent à ce besoin. Mais d'autres supports peuvent aussi être utilisés: posters, reproductions d'illustrations anciennes, moulages, maquettes, cassettes sono ou vidéo.

2) Eu égard à l'organisateur

Les besoins en Infrastructures

Certains média ne peuvent être utilisés sans l'existence d'infrastructures adéquates.

En particulier tous ceux dont l'utilisation ne peut être envisagée que dans un bâtiment sinon clos, tout au moins couvert : c'est le cas en particulier de l'audio-visuel (excepté le cas de projection occasionnelle la nuit en plein air). On peut en dire autant des expositions. Certaines expositions peuvent être conçus pour le plein air, mais elles supposent l'usage de matériaux ad hoc.

A cette condition doivent être ajoutés en général d'autres contraintes: l'alimentation en électricité notamment.

Le coût

Coût en capital, bien sûr, mais aussi en maintenance et en fonctionnement :
Faudra-t'il une surveillance ? un entretien régulier ? Avec quelle périodicité prévoir le renouvellement etc ... ?

La solidité et la fiabilité des dispositifs sont en fait des critères de choix non seulement pour des raisons financières mais aussi pour la satisfaction du public.
Les dispositifs ccen panne» sont cause de frustrations ou même d'irritation.

La vulnérabilité du média au vandalisme

Plus ou moins forte selon les média, mais surtout selon le contexte social et psychologique et bien entendu selon les modalités de gestion du site. Les choix sur la localisation, la forme, le matériau ... peuvent, dans une certaine mesure, réduire la vulnérabilité au vandalisme.

La localisation en particulier est un facteur Important selon, que le média est "sous le regard du public" ou dans un endroit caché et à l'écart.

L'Impact du média sur le milieu

Impact visuel d'abord

Etant donné la "panneaumanie" qui sévit actuellement en France. le risque est particulièrement important avec les dispositifs graphiques "in situ" - type "tables ou panneaux d'interprétation" - Leur usage n'est justifié que lorsque certaines conditions sont réunies (tenant à la sensibilité du site, à son degré d'aménagement, à l'importance de sa fréquentation...)

Il peut y avoir aussi des nuisances induites. Pour les médias sonores, cela va de soi (mais on peut utiliser des écouteurs individuels). Les documents écrits peuvent être source de pollution surtout, lorsqu'ils sont gratuits et de mauvaise qualité.

L'impact sur le milieu peut résulter aussi de la fréquentation induite par le média tels que les effets d'attroupements qui peuvent être gênant pour l'ambiance d'un site.

3) Eu égard aux aptitudes techniques

Dynamisme

Les média animés sont les plus performants pour présenter des processus dynamiques complexes.

C'est le cas des films en image réelle ou en dessins animés, ils permettent de plus le ralenti et l'accéléré. L'animation est également possible, dans une moindre mesure au moyen de tableaux synoptiques ou de maquettes.

Voici deux exemples empruntés au plan d'interprétation de la Petite Camargue alsacienne.
L'un des thèmes prioritaires à illustrer est la façon dont le Rhin ancien a modelé le sol du lit majeur d'une part et les projets successifs qui ont fait passer le Rhin en un siècle et demi du statut du fleuve sauvage à celui d'un "grand Canal d'Alsace". Cela suppose que le public comprenne comment le fleuve ancien avait divagué dans son large lit en y distribuant les matériaux les plus divers (sable, graviers, galets, etc ... ) qui ont engendré des milieux écologiques différents.

De plus, à partir de la 2ème moitié du XIXè siècle, le fleuve a fait l'objet d'aménagements successifs, car chaque solution entraÎnait des effets mécaniques pervers qui amenaient à de nouveaux aménagements jusqu'à la canalisation quasi totale du fleuve.
Comment représenter tous ces phénomènes relevant en fait de la mécanique des fluides ?

Le faire par des diagrammes, des dessins etc... serait compliqué et passablement ennuyeux. Réaliser une maquette animée, reproduisant les phénomènes aussi divers serait d'une grande complexité. Les visites guidées sur le terrain sont un moyen insuffisant car la lisibilité des traces est aujourd'hui relativement faible. Par contre, un film utilisant à la fois images réelles et dessins animés permet de rendre compte de cette histoire assez facilement. Les explications sont facilitées en outre, par la possibilité d'utiliser le ralenti ou l'accéléré.

L'un des intéréts du fonctionnement de l'ancienne pisciculture de Huningue tient à l'intelligence avec laquelle étaient utilisées les ressources en eau du site qui avaient quatre origines différentes (source - ruisseau - Rhin - nappe phréatique). Leur usage étant fonction des espèces élevées (salmonides, brochets, carpes ... ) mais aussi du stade de l'élevage (incubation des oeufs, élevage des alevins, grossissement des poissons).

Les eaux faisaient donc l'objet d'un système de distribution assez complexe entre les étangs et à l'intérieur des bâtiments.

Pour le représenter, le meilleur moyen est sans doute la maquette ou plus simplement le tableau synoptique lumineux où les eaux seront représentées par des couleurs différentes, selon leur origine, et leur circulation par des points en mouvement de couleur correspondante. Les plans d'époque permettent aisément de dessiner cette maquette ou ce tableau synoptique.

Reconstitution

L'un des problèmes les plus fréquemment rencontrés est celui de la représentation de ce qui n'est plus ou de ce qui n'est pas encore.

Ce qui n'est plus : l'état ancien d'une construction, d'un paysage, un événement s'étant produit en un lieu donné...
Ce qui n'est pas encore : l'aspect futur probable d'un paysage, un événement à venir, des scénarios d'aménagement...
Ce qui n'est plus peut être évoqué par des objets, des photos ou des illustrations anciennes lorsqu'elles existent. Mais il est plus souvent nécessaire de recouvrir à des "restitutions" (ou reconstitution).

Ce qui n'est pas encore, avec les mêmes moyens sauf que l'on ne dispose pas d'objets ou de documents existants. Le dessin, le dessin animé, les maquettes ou dioramas sont les principaux média permettant la reconstitution.
Il est difficile par la parole de décrire ce qui n'est plus ou ce qui n'est pas encore. Mais le conférencier ou le guide peut s'appuyer sur des documents qu'il aura fait suivre (photos, illustrations...) et faire voir, toucher ou sentir les indices du passé ou de l'avenir.

Ambiance/chaleur

Certains média sont relativement plus chaleureux que d'autres.

C'est le cas de tous les moyens faisant Intervenir un interprète en «chair et en os. : causeries, visites guidées, démonstrations, spectacles de scène.

Certains média se prêtent plus particulièrement à la création d'ambiance, projections sur mur ou paroi, scénographie, bande son, mise en scène avec acteurs ou figurants...

6.1.3 Des média au programme

Les considérations précédentes portent sur les média pris isolément.
Il convient maintenant de les considérer d'une part dans leur rapport avec le site, d'autre part dans la façon dont ils s'enchaînent et sont combinés entre eux.

6.1.3.1 Subordination des média au site

a) Les média sont au service du site. L'Inverse est à proscrire

Les média ne doivent pas par leur présence, altérer la beauté ou l'ambiance du lieu.

Il existe un risque particulier avec les installations fixes de plein air telles que les "panneaux" ou tables d'interprétation. (cf. 6.1.2)
Au delà de la nécessité d'être attentif sur ce point, valable partout, il faut même considérer que certains lieux ont une force d'évocation et d'émotion telle que toute interprétation in-situ ne peut qu'affaiblir la qualité de l'expérience du visiteur.

C'est hors du site proprement dit, qu'il conviendra, le cas échéant, de proposer les moyens d'une interprétation !

De même, lorsque la fragilité du site interdit tout accueil du public sur place ou tout développement de la fréquentation, deux solutions alternatives peuvent être recherchées :

  • Choisir un site de substitution plus ou moins proche. On est, dans ce cas, renvoyé à la planification de "niveau régional".
  • Interpréter à distance. Par exemple avec des moyens télévisuels, comme c'est le cas sur certains sites de nidifications. Ou en créant des fac-similés, comme à Lascaux.
b) du site considéré comme le premier des média

Cette formule vise à souligner l'importance de l'aménagement du site.
Par exemple dans le choix du cheminement d'accès et de visite qui détermine la perception première du site et peut donc influencer grandement sur sa compréhension par les visiteurs.

Il faut aussi considérer les aspects symboliques, les représentations que tel ou tel aspects du site est susceptible d'évoquer, ipso facto dans l'esprit des visiteurs.

Dans certains cas elles peuvent conduire à des erreurs d'interprétation, et il convient alors de tacherd'y remédier. Mais il est souvent possible de jouer de cette symbolique avec bonheur grâce à des marquages délibérés de l'espace (en jouant sur le positionnement des aménagements ou en utilisant des formes artistiques par exemple).

Aux points d'intersection des routes modernes avec les anciennes drailles de transhumance (généralement à des cols ou sur des ponts), le plan d'interprétation du Causse Méjean et des Gorges du Tarn propose d'ériger des sculptures commémorant la vie pastorale.

Autre exemple: le passage d'une ancienne voie peut étre rappelé en ménageant, à des endroits bien choisis, de courts affleurements de la chaussée (par dégagement de vestiges ou par reconstitution).

6.1.3.2 Dosage - Diversité - Rythme

Le dosage des propositions, leur variété, leur rythme font la qualité et l'efficacité d'un programme tout autant que les caractéristiques individuelles des médias.
C'est le sens des proportions basé sur une bonne connaissance du comportement des publics, qui fait le bon programme d'interprétation, en particulier :

- du point de vue de l'emploi du temps du visiteur : proportion entre la découverte du site à sa guise et l'usage des possibilités offertes par le programme d'interprétation.
- du point de vue de la variété des média: proportion entre ceux qui créent une ambiance et les média plus didactiques ; ceux permettant la participation du public ou faisant appel à plusieurs sens et les autres ...

Pour certains médias eux-mêmes, tels les expositions, les circuits d'interprétation (avec livret guide ou panneaux fixes) et bien entendu les visites guidées, la question de la durée, du rythme et des espacements est à considérer de près, les visiteurs étant très sensibles aux effets de saturation.

Sur les sites Importants (par leur fréquentation et leur potentiel notamment) deux questions se trouvent souvent posées :

Faut-il une ((porte d'entrée» au site? Faut-il un bâtiment d'accueil ?

Une porte d'entrée au site peut remplir des fonctions importantes :

- marquer le passage du dehors au dedans (pour induire un comportement plus respectueux des visiteurs)
- souhaiter la bienvenue
- percevoir éventuellement le droit d'entrée
- présenter au visiteur le programme de la visite, avec les options éventuelles et tous les renseignements pratiques (durée, services surplace, recommandations de sécurité ... )
- introduire la thématique

Une entrée n'est pas forcément matérialisée par une construction en dur. Mais la présence d'une personnes à l'accueil est hautement souhaitable. Un abri fait d'une structure légère, fixe ou amovible, peut être envisagé.

Un bâtiment d'accueil ?
Nous ne disposons pas en français, pour désigner un équipement de ce type, d'une dénomination passée dans le langage courant équivalent au "Visitor Center" des anglophones.

La moins mauvaise traduction nous parait être celle de "Maison de... " (suivi du nom du site).
La décision de créer ou nom un bâtiment d'accueil a des incidences importantes sur la gestion matérielle et financière du site.
En se plaçant du point de vue de l'interprétation du site, l'intérêt principal est de disposer d'un lieu ou "l'histoire" du site, dans sa globalité, pourra être racontée, alors que les propositions sur le terrain présente des éléments partiels. C'est aussi un abri indispensable pour les média fragiles (audiovisuels, expositions...).

Mais cette motivation peut être souvent renforcée par d'autres besoins, tels que le logement d'un gardien, l'installation de bureaux ou des services généraux offerts au public (point de repos, de rafraîchissement, éventuellement de restauration, boutique). On peut dire, à contrario que si l'Interprétation du site n'appelle pas le recours conséquent à certains types de média et si sa gestion ne justifie pas le logement de services, la création d'un bâtiment d'accueil n'est pas justifiée.

En tout état de cause, une telle ccmaison» doit être dimensionnée, du point de vue de son coat en capital et en exploitation, à l'importance de la fréquentation du site.

Car toutes les expériences en Europe, montrent, qu'à moins d'offrir des services et des réalisations exceptionnelles, les "visltors center" ne constituent pas une attraction en eux même et ne modifient pas sensiblement l'importance de la fréquentation d'un site.
Avant la décision de création, une simulation financière doit donc être faite sur la base de la fréquentation actuelle - ou potentielle - du site lui même.

La meilleure localisation de la "Maison de ..." est en fin de parcours si le circuit n'est pas trop long, mais bien des contraintes (bâtiments existants, caractéristiques du site) sont susceptibles d'imposer un autre choix. Lorsque la visite du site peut être faite en suivant un itinéraire en boucle, "la maison des visiteurs" peut servir aussi de porte d'entrée au site ce qui constitue souvent la solution idéale.

L'ensemble des propositions contenues dans un plan d'interprétation de site peuvent être réunis sur un tableau de synthèse comportant trois entrées (thèmes, média, lieux).Le tableau utilisé pour le plan de la Petite Camargue Alsacienne est présenté ci-après.

Tableau de synthèse (Pisciculture/Petite Camargue alsacienne)

Les plans d'interprétation de niveau régional


La présente note a pour objet de préciser quelque peu ces différences, en reprenant tour à tour les différentes phases de l'étude.

Les objectifs

L'étude du potentiel

Les visiteurs

La thématique du territoire

Proposition de stratégie

7.1.1 Les objectifs

Certains des objectifs potentiels ne diffèrent pas de ceux mentionnés dans la 1 ère partie au sujet des plans de site : agrément et enrichissement culturel des visiteurs, recherche de leur soutien pour des mesures de protection et de mise en valeur du patrimoine, meilleure gestion de la fréquentation touristique ...

Mais les plans d'interprétation de niveau régional peuvent aussi permettre d'atteindre d'autres objectifs :

- assurer une meilleure utilisation des crédits publics, en donnant un cadre cohérent pour les initiatives publiques ou privées. Il s'agit d'éviter en particulier le "saupoudrage" des subventions et les projets faisant double emploi.
- permettre une implication de la population en s'appuyant sur les sentiments de fierté et d'attachement au patrimoine local.
- concourir au développement local par la création d'activités nouvelles et de revenus d'appoint, ce qui suppose l'implication de la population visée ci-dessus.

7.1.2 L'étude du potentiel

1) Analyse des connaissances existantes sur le territoire

Une liste de sujets pertinents pour le territoire sera définie comme en 3.1.
Dans le cas de plans de niveau régional, certaines rubriques prennent généralement une importance particulière telles que : mode d'exploitation du sol hier et aujourd'hui - habitat et architecture vernaculaire - voies et moyens de transport et de communication - coutumes et traditions, etc ...

2) Analyse de l'existant

Il est rare aujourd'hui qu'un territoire d'une certaine étendue soit vierge de toute réalisation ou animation de type "interprétatif".

Il convient de commencer par les recenser et par les évaluer, même si leur qualité et leur efficacité laissent à désirer. Améliorer ce qui existe est souvent plus réaliste que créer ex nihilo.

La motivation de leurs promoteurs, leur ouverture d'esprit et leurs aptitudes au partenariat sont des critères très importants dans cette phase d'études préliminaires.

Les réalisations, équipements ou activités existantes seront reportés sur la même carte que les ressources (ou sur un jeu de cartes permettant la superposition).

Enfin, il convient de connaitre aussi les éléments existants non localisables, telles que la documentation touristique diffusée, les brochures thématiques, etc ...

3) Analyse des sites potentiels

L'analyse s'effectue en effet au niveau des sites entendus au sens large (il peut s'agir de monuments ou de bâtiments ayant une histoire particulière, de villages, de sites géologiques, de secteurs avec des caractères écologiques bien affirmés ou marqués par des activités spécifiques .. ).

Une liste est dressée par sujets comportant, pour chaque site, un commentaire relatif à leur lisibilité, à leur attractivité (en particulier du point de vue paysager) et à leur commodité (du point de vue de l'accès et de leur aménagement pour l'accueil).

Le report sur carte est, bien entendu, indispensable.

En croisant ces trois considérations majeures, les sites présentant les aptitudes optimales pourront être sélectionnés.

Dans le cas de la petite région Causse / Gorges du Tarn et de la Jonte, le Parc National des Cévennes a procédé à un inventaire détaillé et systématique du patrimoine en utilisant une méthode d'évaluation quantitative importée du Québec.

Par sujet (géologie, préhistoire, architecture etc .. ) les points d'intéréts ont été reportés sur carte, et une fiche ouverte pour chacun d'eux. Une triple note leur est attribuée en considérant leur intéret du point de vue scientifique, pédagogique (lisibilité en particulier) et esthétique. Puis les sites sont répartis en 3 niveaux d'intérfJt (majeur, bon, faible), en fonction de la totalisation des notes.

Cet inventaire systématique (et surtout sa traduction cartographique) a l'avantage de faire apparaître éventuellement des groupements ou des distributions séquentielles (dolmens le long d'une ancienne voie par exemple) débordant les limites de ce que l'on appelle habituellement «un site». Quant à l'usage des notations chiffrées, il rencontre les limites déjà exposées en 3.1.2.2.

7.1.3 Les visiteurs

1) L'Identification des publics-cible

Les paramètres à prendre en compte dans l'analyse de la fréquentation au niveau régional sont à peu près les mêmes que ceux déjà notés dans la 1 ère partie à propos de l'étude des plans de site: origine - structure des publics - diagrammes saisonniers et hebdomadaires des temps de présence - motivation - caractéristiques culturelles. Il convient cependant de ne pas en rester à la considération de "moyennes" au niveau de la région, mais d'affiner l'analyse pour les principaux secteurs et sites.

D'autre part, deux des paramètres prennent une importance particulière :

La durée et/ou la fréquence des séjours d'une part, la motivation d'autre part :

LA DUREE ET/OU LA FREQUENCE DES SEJOURS

La durée peut être très variable. Dans le cas du territoire étudié elle va de 1 à 2 journées jusqu'à la quinzaine.

La fréquence des séjours est souvent fonction de la proximité de grandes zones urbaines.

Durée et/ou fréquence des séjours sont des paramètres d'une importance considérable.

En effet les possibilités du public et ses attentes en matière d'interprétation ne sont pas les mêmes selon les cas.

Cela implique donc des propositions d'échelle et de niveaux différents.

LA MOTIVATION

Par exemple, certains peuvent venir pour pratiquer une activité sportive bien définie (canoë-kayack - escalade - cheval - cyclisme tout terrain) - D'autres simplement pour voir les points de vue et sites les plus connus. D'autres enfin sont des "contemplatifs" fuyant la foule et recherchant au contraire la solitude et des grands espaces.

Les différences de ,ce point de vue sont généralement plus marquées que dans le cas des,sites ponctuels. Ce critère détermine des groupes de' public très différents.
Les motivations ne sont pas' des données immuables. Certaines motivations potentielles peuvent être encouragées par des propositions appropriées.

En croisant les différents paramètres et plus particulièrement les deux derniers, il est possible de parvenir à la définition de quelques "publics-cibles", c'est à dire de catégories de visiteurs au profil relativement bien différencié.

2) Le schéma de la fréquentation

En plus, des données permettant l'identification des publics cibles ; il faut étudier celles des flux de circulation et les lieux les plus fréquentés.

Ces données seront reportées sur une carte de synthèse faisant apparaître l'importance relative de la circulation sur les différents axes. routiers, la fréquentation des principaux sites et points de passage obligés, la capacité d'hébergement des lieux de séjour principaux ...

Ces indications SOAt de la première importance.

L'expérience a montré en, effet que. les équipements, dispositifs ou activités d'interprétation ne génèrent pas généralement par eux mêmes une fréquentation conséquente.

Leur succès est donc largement tributaire de leur localisation. Ils doivent d'autre part être dimensionnés en fonction d'estimations établies à partir du schéma de fréquentation connu ou de son évolution probable.

7.1.4 La thématique du territoire

La recherche et la formulation d'une thématique au niveau d'un territoire ne diffère pas fondamentalement de celle présentée en 5.1 pour un site particulier.

On trouvera en annexe le canevas thématique proposé par le plan d'interprétation pour le Causse Méjean et les Gorges du Tarn et de la Jonte.

Sur un vaste territoire, le découpage en "unités d'interprétation" peut présenter plus d'avantages pratiques au stade de l'étude que dans le cas d'un site d'étendue limitée (cf. 3.1).

Cependant, ce n'est pas toujours le cas. Cette démarche en particulier n'aurait pas été pertinente dans le cas considérée, car en dépit des contrastes apparents entre Causse et Gorges, l'imbrication des deux au niveau historique, économique, et même écologique, est très forte.

Le thème devait donc être recherché au niveau de l'ensemble.

7.1.5 Proposition de stratégie

Cette stratégie comporte une dimension spatiale (en particulier par la proposition de sites préférentiels), une dimension promotionnelle et une dimension plus politique ou relationnelle (concernant en particulier les modalités d'étude et de mise en oeuvre du plan).

1) Du point de vue spatial

Le choix des sites et autres actions localisées

Fonction, comme nous l'avons vu du potentiel des sites, de leur localisation et de considérations relatives à leur fragilité où à leur commodité d'aménagement. Sur ce dernier point, notons qu'un site peut éventuellement être choisi pour en soulager un autre (tactique de la diversion ou, comme disent les anglophones, du "pot de miel").
Les réalisations et les activités existantes sont aussi en prendre en compte (musées, sentiers d'interprétation, points de vue aménagés ...).

En rapprochant leur relevé cartographique de celui des meilleurs sites potentiels, d'intéressantes constatations pourront être faites quant aux lacunes thématiques et à l'inadaptation de certaines localisations.

Un plan de niveau régional ne rentre pas dans les détails. Il laisse ce soin à des plans de site à venir. Cependant, il contient une série de préconisations (dont la précision peut être plus ou moins grande) portant sur les vérifications supplémentaires éventuelles, l'échelle des propositions (nombre de visiteurs/an attendus, conception matérielle, contenu thématique ... ), le type de réalisations ou d'activités proposées (maisons à thème, musées de site, circuits d'interprétation, visites guidées, etc ... ) et des indications sur leur conception.

A côté des propositions concernant des sites particuliers, le plan peut comporter:

Des opérations plus séquentielles

- itinéraires pour automobilistes interprétés par panneaux in situ/ par livrets-guide ou par cassettes pour auto-radio
- itinéraires pourcyclotouristes et/ou pratiquants du V.T.T., cavaliers, skieurs, pratiquants du canoë et bien entendu randonneurs ...

Des propositions d'animation

Liées ou non à un site, telles que manifestations, événements, spectacles, se greffant ou non sur des fêtes locales traditionnelles.

Des actions de formation

Par exemple formation de guides locaux pour faciliter l'assimilation de la thématique de la région et la maîtrise de la communication orale.
D'excellents résultats peuvent être atteints de cette façon.

Des portes d'entrées ? Un centre ?

Les fonctions pouvant être remplies par des "portes d'entrée" et par une "maison" centrale du type "visitor centre", sont a peu près les mêmes que celles notées en 6.1, mais avec une dimension stratégique plus importante. Elles peuvent constituer en effet des points d'appui important pour faire jouer à plein l'effet de synergie - étudié ci-après au point 2 -. Cette question est donc à la charnière des considérations spatiales et des préoccupations promotionnelles.
Une "porte d'entrée" ne peut bien remplir sa fonction que si elle est précisément située à un point de passage obligé, avec des possibilités suffisantes de stationnement.

Une structure centrale d'accueil peut jouer un rôle irremplaçable comme "poste d'aiguillage".
Mais l'expérience des maisons de Parcs en France comme celle des grands "visitor centre" à l'étranger montrent que leur viabilité est soumise à la réalisation de conditions précises et contraignantes.
Pour remplir leur fonction et dégager les ressources d'autofinancement assurant au minimum leur "petit équilibre", elles doivent pouvoir satisfaire des objectifs de fréquentation élevés (généralement supérieurs à 100.000 visiteurs/an). A moins de bénéficier d'une localisation exceptionnellement favorable ("public captif" par exemple), cela n'est possible qu'à partir d'une certaine "masse critique" - au niveau des attractions et des prestations de service, ce qui suppose des investissements et des frais d'exploitation élevés. (1)

2) Du point de vue promotionnel

Cette dimension prend en compte les effets de synergie, qui jouent un rôle important au niveau d'un vaste territoire. C'est, mutatis mutandis, comme en matière commerciale - (effets de collection, valeur commerciale d'un quartier ayant une large diversité de commerce ... ). Le rendement de l'ensemble est largement supérieur à ce que peut être la somme des rendements de chaque réalisation ou animation isolées.
L'information sur l'ensemble des possibilités offertes et leur promotion conjointe sont des conditions essentielles pour que l'effet de synergie puisse jouer en mettant l'accent sur leur complémentarité thématique et par rapport aux attentes et besoins des divers publics.
La référence au thème central ou fil conducteur est une condition également déterminante.

Les moyens utilisables sont multiples : diffusion d'un dépliant officiel aux principaux accès ou dans les locaux visités, les plus fréquentés par les visiteurs, mini expositions dans les mêmes locaux, radios locales, journaux locaux, cassettes vidéo dans les hôtels, camping ... et bien sûr la "réciprocité" entre les réalisations (chacune évoque l'existence des autres ou d'une partie des autres ... ) (1).

3) Du point de vue relationnel et politique

Une telle dimension existe aussi, bien entendu, pour l'interprétation de nombreux sites, mais elle se trouve fortement accentuée au niveau d'un territoire peuplé, dont la gestion dépend de nombreux acteurs politiques, administratifs et socio-professionnels. C'est pourquoi, elle mérite ici un développement particulier.

L'implication de ces acteurs, dans le projet, à des degrés divers, est une condition sine qua non de sa réussite. Plus tôt elle interviendra et mieux cela vaudra.
Elle doit donc être recherchée dès le stade de l'étude.

Une étude de plan d'interprétation bien menée peut offrir d'ailleurs une occasion exceptionnelle de mobiliser ou de remobiliser des dynamismes au niveau local, car elle joue, comme nous l'avons déjà noté, sur un ressort potentiellement puissant, la fierté de ses racines et la satisfaction procurée par la révélation de son pays à des  étrangers.

Nous aurions du, en bonne logique, aborder les modalités de l'étude en début de ce chapitre, mais comme elles ne sont pas sans rapport avec les modalités de mise en oeuvre, elles seront évoquées ici par commodité.

Au stade de l'étude, le lien avec le milieu local peut être établi à plusieurs niveaux :

- celui de personnes-ressources qui seront Interviewées ou associées aux recherches pendant la phase d'analyse et de sélection du potentiel
- celui d'un groupe de pilotage "technique" - formel ou informel - composé de personnes-clés intéressées par le projet (responsables d'associations, professionnels ou techniciens)
- celui d'un groupe de pilotage ccpolitique» composé des principaux élus et administrateurs concernés qui sera tenu informé de la mise en route et de l'avancement de l'étude et auquel le projet sera soumis pour aporobation.

Cet ancrage est d'autant plus nécessaire que la mise en oeuvre des propositions du plan ne relevera pas d'un seul maître d'ouvrage, mais presque toujours, d'une diversité d'acteurs privés ou publics, ce qui rendra nécessaire l'exercice d'une coordination. Les modalités d'une telle coordination ne peuvent être réglées qu'à un niveau politique, tout comme les modalités de financement des actions qui requièront le plus souvent le concours de plusieurs bailleurs de fond.

Au stade de la mise en oeuvre et du suivi

Une question-clé se trouve posée.

Le territoire est-il ou non organisé ?
Une autorité publique ayant légitimité et compétence pour assurer le suivi de la mise en oeuvre et éventuellement les arbitrages existe-t-elle ?

C'est le cas par exemple, avec les Parcs Naturels Régionaux, dont la vocation et la composition correspondent en général parfaitement à une telle mission à la charnière du développement touristique et des préoccupations environnementales.

D'autres formules peuvent convenir :

Sivom ou Syndicat mixte de "pays"
Association ou Fondation mandatées par les collectivités territoriales.

Le concept même de plan d'interprétation implique concertation et cohérence, évolution et continuité.

L'existence d'un niveau de réalisation et de coordination bien identifié ne peut que faciliter la mise en oeuvre du plan.

Il doit être à même de procéder périodiquement (tous les 5 ans par exemple) à une évaluation des résultats obtenus et d'opérer les changements qui s'avèreraient nécessaires.